Quierzy, résidence royale | Avant 1914La Grande Guerre | La Guerre 1939-1945 | Autour de QuierzyLiensContact
Quierzy, village du Soissonnais, pays de l'Île de France / Le Soissonnais, pays de l'Île de France
Notes de lectures

     
     
Armoiries de Noyon, Soissons et Laon
La Description des Provinces et Villes de France, Pierre de La Planche, 1669

 

 
La Gaule à l'arrivée de César,
Auguste Longnon, 1907


Atlas historique de la France depuis César,
Auguste Longnon, 1907


Quierzy n’est pas un village picard

La coutume de Vermandois

Le territoire actuel de la commune de Quierzy, sur lequel la rivière Ailette rejoint l'Oise, possède la particularité remarquable de se situer aux confins de trois régions naturelles et « pays » issus de territoires gaulois : le Soissonnais, le Noyonnais et le Laonnois. Ces pays à l'origine du domaine royal franc vont connaître, depuis Clovis et la Bataille de Soissons en 486, une place de premier plan dans l’Histoire de France. 

A l’époque gauloise, au sud de l'Oise et de l'Ailette se trouve le territoire des Suessions, rive droite (ou nord) de l'Oise sont établis les Viromanduens et rive droite (ou est) de l'Ailette les Viromanduens puis les Rèmes. Avant les travaux d'aménagement de 1690, l'Ailette traversait le village au niveau de la Rivièrette avant de rejoindre l'Oise. Les territoires gaulois sont délimités par des frontières naturelles, les rivières et leur vallée ou bassin versant notamment, qui jouent un rôle important dans l'implantation des populations : ressources du sous-sol, flore, faune, culture, … 

Après la conquête de la Gaule par Jules César, achevée en - 52, les romains organisent les territoires conquis en Provinces subdivisées en Cités et en Pays. Les Cités correspondraient aux territoires des « peuples principaux » et les Pays aux territoires de « peuples particuliers ».

Quierzy se trouve ainsi à l’époque gallo-romaine aux frontières de trois Cités et de trois Pays de la Province romaine de Gallia Belgica (Gaulle Belgique) :

   - la Civitas Suessionum des Suessions (capitale Soissons) et le Pagus Suessionicus rive sud de l’Oise,
   - la Civitas Viromanduorum des Viromanduens (capitale Vermand / Saint-Quentin) et le Pagus Noviomagensis rive nord de l’Oise,
   - la Civitas Remorum des Rèmes (capitale Reims) et le Pagus Laudunensis rive nord-est de l’Ailette.
 
Ces Pagi correspondent grosso modo aux pays et régions naturelles du Soissonnais, du Noyonnais et du Laonnois, parvenus jusqu'à nous. Ils sont de rattachement ancien au domaine royal franc, dont ils constituent le cœur historique. Ces trois pays feront par la suite partie, depuis sa création, de l'Île de France d'avant 1789, Île de France  « historique » , qui se veut l’héritière de ce domaine royal originel.

 
« Il est digne de remarquer que les vieux états gaulois ont conservé jusqu'à une époque très voisine de nous, leur nom, leurs limites et une sorte d'existence morale dans les souvenirs et les affections des hommes. Ni les Romains, ni les Germains, ni la féodalité, ni la monarchie n'ont détruit ces unités vivaces ; on les retrouve encore dans les provinces et les pays de la France actuelle. »
Histoire des institutions politiques de l'ancienne France, Fustel de Coulanges, 1875

Ces pays sont également de la province ecclésiastique de Reims, ou Belgique Seconde du Moyen Âge, qui constituerait pour certains la Picardie « historique », d'avant le XVe siècle ... 

L’élan vers le sens

Il existe chez l’homme un besoin sémantique, une nécessité de chercher par tous les moyens à donner un sens à ce qui lui arrive et une croyance dans un cours téléologique de l’histoire vers un achèvement heureux. Cette cohésion narrative exprime une unité synthétique qui dépasse chaque expérience individuelle et lui confère une signification collective. Le Geschichtschema implique un commencement et une fin, mais aussi une trame narrative plus ou moins continue qui les relie. Ainsi la réflexion téléologique fait parler l'histoire dans le sens de l'intérêt de la raison et plaque de manière arbitraire sur la matière multiple et sans cesse changeante de la vie humaine des schémas explicatifs réducteurs.

Essais hérétiques, sur la philosophie de l'histoire, Jan Patočka (1907-1977)
Penser l’histoire : Eschatologie et téléologie Bruce Bégout

L'eschatologie désigne la réflexion sur la destinée de l'homme et du monde. La téléologie, ou finalisme, est un courant philosophique qui explique un phénomène par un but final postérieur à ce phénomène.
 

Qu'il s'agisse de la constitution du domaine royal, de l'expansion du Vermandois, de la création d
e l'Île de France ou de la Picardie, on va chercher dans l'histoire, le présent ou l'avenir un sens à des évènements.   

Le village actuel de Quierzy se trouve pour l'essentiel rive gauche de l'Oise, et donc dans le Soissonnais, qui s'étend entre Oise, 
Ailette, Vesle, Petit-Morin et Automne. Soissons se situe à 30 kilomètres au sud-est de Quierzy.
 

 
Noyonnais, Soissonnais et Laonnois, limtes naturelles autour de Quierzy représentées sur la carte des Cassini (1756-1815), après la modification du cours de l'Ailette de 1690, avec les armoiries de Noyon, Soissons et Laon de La Description des Provinces et Villes de France, Pierre de La Planche, 1669
     
 
Région naturelle du Soissonnais
Carte Fdouchet, 2017 / Géoportail BRGM

Le fond du blason soissonnais est avant 1819 « de gueules », c’est-à-dire rouge. Ce blason est alors identique à celui de Lille. Le champ devient « d'azur » après accord du maire de Soissons par lettre du 24 octobre 1818 et ordonnance du roi Louis XVIII du 3 février 1819.

 
Le Soissonnais, cœur historique du domaine royal franc et pays de l'Île-de-France originelle 

Sous les Mérovingiens, le Soissonnais, le Noyonnais et le Laonnois sont érigés en comtés (ou pagus) et évêchés. A la période féodale, tout ou partie de ces territoires tombent sous le pouvoir des seigneurs du Vermandois, profitant de l'affaiblissement du pouvoir royal.

En 1185, Philippe Auguste, s'empare des comtés de Vermandois, d'Amiens et de Valois, les réunit à la couronne de France et y installe des baillis, sauf
dans le comté d'Amiens (rive sud de la Somme) uni au domaine royal, qui disparait sous l'autorité directe du roi. Le siège du bailliage de Vermandois est établi à Laon. A cette brève période de renforcement du pouvoir royal et de relative prospérité de l'économie correspond également la construction des premières cathédrales gothiques, manifestation de ce pouvoir, à Sens, Noyon, Senlis, Laon, Paris, Amiens, Beauvais ... sur le domaine royal, dont la limite nord est celle de l'ancien comté d'Amiens ; la rivière Somme.

Le territoire du bailliage de Vermandois, qu'il faut distinguer du comté de Vermandois (le Saint-Quentinois ou haute vallée de la Somme), est connu à travers la Coutume de Vermandois, qui survivra jusqu'à la révolution. Dans sa rédaction du XVIe siècle, cette coutume avait pour étendue d'application les bailliages et prévôtés de Laon et de Soissons, ainsi que les territoires dépendant des coutumes particulières de Ribemont, Saint-Quentin, Noyon et Coucy. Apparues sur tout le territoire du royaume à partir du XIème siècle, les coutumes correspondent à l'émiettement de l’autorité royale au profit du pouvoir seigneurial.

En 1435, le Vermandois est démembré par le Traité d'Arras, qui cède certaines « Villes de la Somme », dont Saint-Quentin, aux Bourguignons. Ce traité de paix ramène la frontière nord du domaine royal à ligne de partage des eaux Seine-Oise / Somme.

Après 1482 et le retour à la France des places fortes de la Somme, on constitue autour de l'Artois resté bourguignon puis espagnol, une ceinture défensive sur cette nouvelle frontière, regroupant divers teritoires : Boulogne en partie, Ponthieu, Amiens, Saint-Quentin, Guise, à laquelle on donne le nom de « gouvernement militaire de Picardie ». Aucun territoire n’a porté le nom de Picardie auparavant : « Le pays de Picardie est un nom général, on ne trouve point dans l'Histoire aucun Seigneur qui en ait jamais porté le titre » indique Pierre de La Planche, La Description des Provinces et Villes de France, Du Gouvernement de Picardie, Livre Second, 1669. En l'absence de délimitation officielle précise, ce qui est courant à une époque où l'arbitraire est la règle, les cartographes contemporains de la période hésitent parfois. C'est principalement durant cette période d’opérations militaires, que jusqu'en 1624, certains cartographes représentent parfois le Vermandois, la Thiérache, le Beauvaisis, le Noyonnais, le Laonnois, ... intégrés en tout ou partie dans cette ceinture défensive. Aucun texte officiel ne semble venir confirmer ces représentations, pourtant largement reprises.

Au nord du Soissonnais, seule la vallée de la Somme, dont Saint-Quentin, de retour dans le domaine royal, est intégrée au nouveau gouvernement. Depuis 1435, le Vermandois stricto sensu désigne la haute vallée de la Somme.

En 1641, la France contrôle de nouveau l'Artois. Au terme de cette sombre période de guerre (fin de la guerre de 100 ans), Richelieu met un terme à ces hésitations en confirmant définitivement l'attachement du Beauvaisis, Soissonnais, du Laonnois puis du
du Noyonnais au gouvernement de l'Île-de-France, dont la frontière naturelle au nord est celle de ses pays à savoir la ligne de partage des eaux Seine-Oise / Somme, qui coïncide pratiquement avec la limite sud du plateau crayeux entre Amiens et Beauvais. Devant la Flandre, qui ne sera définitivement française qu'après 1713, la Thiérache champenoise reste au gouvernement frontière de Picardie. 

Avant 1789, le Soissonnais se distingue donc du Vermandois Saint-Quentinois depuis 1435, il est du gouvernement de l'Île-de-France depuis l'apparition, à la fin du XVe siècle, de cette structure, fréquemment confondue avec la mythique notion non officielle et discutée de province : Le terme province laisse en effet supposer une certaine unification des structures territoriales de l'ancien régime mais il peut pour cette époque désigner aussi bien les anciennes structures féodales : duchés, comtés, ... que les diocèses ecclésiastiques, gouvernements généraux militaires, généralités administratives, bailliages judiciaires, ... On note enfin que selon l’ordonnance du 18 mars 1776, fixant le dernier état des gouvernements avant 1789, Soissons constitue un gouvernement général de première catégorie (réservé aux princes de sang et aux maréchaux).


On relève donc une confusion assez répandue qui transforme en terre picarde, le Vermandois féodal, constitué
au sud de la vallée de la Somme selon les meurs de l'époque par la ruse et la force. La « confusion » est donc bien antérieure à la création de la circonscription d’action régionale de Picardie de 1960, qui l'a réactivée parfois dans une forme de nationalisme régional. Frank Tétart parle de régionalisme inclusif quand l’objectif est d’assimiler ou d’incorporer des territoires culturellement distincts au sein d’une même région, afin de rendre culturellement homogène l’ensemble d’une population multiculturelle (Frank Tétart, Les nationalismes « régionaux » en Europe, facteur de fragmentation spatiale ?). Cela semble décrire assez exactement la situation dans la circonscription administrative de 1960 constituée de deux territoires pourtant bien distincts, délimités par les vallées de l'Oise et de la Seine, qui laissent en réalité la majeure partie des départements de l'Aisne et de l'Oise en dehors des limites naturelles, linguistiques ou culturelles de la Picardie originelle de la vallée de la Somme.
__________

De Gallia Belgica 

Toute la Gaule est divisée en trois parties, dont l'une est habitée par les Belges, l'autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui, dans leur langue, se nomment Celtes, et dans la nôtre, Gaulois. Ces nations diffèrent entre elles par le langage, les institutions et les lois. 
César, Guerre des Gaules, I, 1


 
Les trois visions de la Gaule Belgique
sur les limites de la fin du Ier siècle
 
Trois auteurs antiques ont dessiné la « carte » des territoires des peuples belges : Jules César, qui en fixe les limites dans son Bello Gallicum, Strabon, dont l’étude est de peu postérieure à la conquête césarienne, et Pline l’Ancien, qui s’est rendu sur le territoire belge et en décrit les limites dans son Histoire naturelle.

Pour César, le territoire des Belges s’étendait de la Marne et la Seine jusqu’au Rhin. Les Belges représentaient le tiers de la Gaule. Ce territoire était habité par 12 peuples dits « belges » et 10 peuples dits « germains » : les Ambiens, Atrébates, Atuatuques, Bellovaques, Cérosiens, Calètes, Ceutrons, Condruses, Éburons, Geidumnes, Grudiens, Lévaques, Ménapes, Morins, Nerviens, Pémanes, Pleumoxiens, Rèmes, Sègnes, Suessions, Véliocasses,  Viromanduens.

C
ésar établit des sous-divisions territoriales et ethniques dans cet ensemble. Ainsi, il distingue une portion occidentale de la Gallia Belgica, dénommé Belgium, où vivaient les Ambiens, Atrébates, Bellovaques, Viromanduens, qui pourrait être le domaine « ancestral » des Belges (S. Fichtl, 1994). Les découvertes archéologiques attestent une culture matérielle spécifique qui définit cette région. 
 
L’existence d’un cœur historique de la Gaule Belgique, témoigne, de la cristallisation, à la fin de l’Âge du Fer, de sociétés complexes, avec des identités supérieures au village. Le Belgium est toutefois plus petit que les délimitations de César, Strabon et Pline. Dès lors, on peut penser que ces auteurs ont essayé d’élargir ce territoire en étendant le nom d’une de ses parties à toute la nouvelle division administrative, et ce afin de la légitimer ...

Pour Strabon, la Gaule Belgique était composée de 15 peuples – bien qu’il en ait présenté davantage –, dont le territoire s’étendait d’ouest en est, du bord de l’Océan, de la Loire jusqu’au Rhin et descendait vers le sud, jusqu’aux Alpes. Pline décrit, quant à lui, une Belgica romaine située entre l’Escaut et la Seine, et 25 peuples qu’il considère comme « belges », auxquels il ajoute 4 peuples germaniques vivant sur l’ancien territoire de la Gaule Belgique.

L’espace, le territoire et la nation sont des constructions. Ce qui se vérifie non seulement dans un passé récent, mais aussi depuis les tout premiers moments de la construction d’entités territoriales, c’est-à-dire depuis l’aube de l’humanité (cf. Ton Derks et Nico Roymans, 2009). Au vu des différentes cartes, aucune des frontières actuelles de ces anciens espaces – le Belgium, Gallia Belgica, la Wallonie ou la Flandre, le Rhin, les territoires issus des invasions germaniques ou franques, la Lotharingie et la Bourgogne médiévales – ne trouve sa justification dans le passé. Ainsi, pour ce qui est de créer de nouvelles entités étatiques, à chacun son credo. Difficile de fonder la légitimité d’une politique sur des sables mouvants.
 

Le manque de sources historiques disponibles pour l’époque gauloise réduit en réalité à extrapoler l’assise du territoire des Belges à partir des découpages postérieurs. Aussi, ces limites territoriales, comme pour la plupart des peuples de la Gaule, sont définies de façon théorique à partir de la cartographie des diocèses antiques, ceux-ci étant considérés par les historiens comme émanant des limites des cités gallo-romaines. Le vaste territoire qui découle de cette analyse régressive se caractérise par sa grande diversité.

Le nom est tout d’abord repris par Auguste pour une des quatre provinces de la Gaule romaine, organisée en Gaule Belgique, Gaule Lyonnaise, Gaule Aquitaine et Gaule Narbonnaise. La province augustéenne de la Gaule belgique était délimitée au sud par la Seine et la Marne et s'étendait jusqu'au Rhin ; elle englobait les cités mosellanes des Leuques, Médiomatriques et Trévires, les Rèmes, les Suessions, les Bellovaques, les Véliocasses, ...

Cette première province est à son tour divisée en 297 sous Dioclétien en Belgica Prima ayant pour capitale Augusta Treverorum (Trèves) et en Belgica Secunda ayant pour capitale Durocortorum (Reims). La Belgique Seconde gallo-romaine compte douze Cités, qui constitueront les douze diocèses de la province ecclésiastique franque de Reims (voir ci-dessous).

Cette appellation disparait pratiquement après les grandes invasions et ne subsiste que sous la plume de quelques ecclésiastiques, qui semble désigner alors la province ecclésiastique de Reims. La Belgica réapparait à la seconde moitié du IXe siècle après la scission de l'empire de Charlemagne avec la création de la Lotharingie. Les clercs de l'époque utilisent le terme pour désigner le royaume de Lothaire II situé entre la Gallia de Charles le Chauve et la Germania de Louis le Germanique.

Au sud de l’Oise, la Gaule lyonnaise (Gallia Lugdunensis) donnera
la Province ecclésiastique de Sens. Le pagus gaulois des Meldi, sur la Marne, qui donnera le territoire du diocèse de Meaux, était de la Cité des Suessiones ? Le pagus des Parisi donnera le pays de France. Suffragant de Sénonaise jusqu'au XVIIe siècle, l'évêché de Paris est pour sa part transformé en archevêché en 1622 du fait du rôle politique de la ville. L'archidiocèse de Paris s'étend dès lors sur le pays de France, le Hurepoix et la Brie française. L'abbé de l'abbaye de Saint-Denis est gardien des insignes royaux et de la nécropole royale, mais les évêques puis archevêques de Paris ne participaient pas au cérémonial du sacre des rois de France en la cathédrale de Reims.

Invention de la Picardie antique
 
Livre de chevet de générations de régionalistes, L’Introduction à l'histoire générale de la province de Picardie de Pierre Nicolas Grenier (1725-1789)
, alias Dom Grenier car il était ecclésiastique, plante le décor dès la première phrase : la Picardie s’étend de la Marne au Pas-de-Calais et de la forêt des Ardennes à la Mer océane, selon la description … de la Gaule Belgique par Jules César dans ses Commentaires !
 
Ce territoire, recouvrant donc le quart nord de la France hormis le Parisis, est divisé par la suite en haute et basse Picardie par la rivière d’Oise. La haute Picardie serait constituée par la Thiérache, le Laonnois, le Soissonnais, le Valois, le Senlisis, le Beauvaisis, la basse par l’Amiénois, le Vermandois, … Quelle époque ? Quelles sources ?
 
Dom Grenier, sorte de Dom Pérignon de la Picardie à la légende tenace, l'invente par erreur. La Gaule Belgique dont il est question ici n'est pas celle de César mais plus probablement la Belgique Seconde du Moyen Âge, c’est-dire la province ecclésiastique de Reims, que quelques ecclésiastiques appellaient Belgica. La Gallia Belgica originelle a été séparée en deux au IIIe siècle ; la Belgique Première a donné la province ecclésiastique de Trêves et la Belgique Seconde la province ecclésiastique de Reims.
 
Il est donc curieux de regarder la province ecclésiastique de Reims sans y voir sa capitale « la cité des rois » ou « cité des sacres », où Clovis est baptisé par Saint Remi comme ensuite un grand nombre de rois carolingiens puis capétiens pendant plus de dix siècles de Louis le Pieux en 816 jusqu'à Charles X en 1825. Même interrogation pour le Vermandois ayant le siège du bailliage de à Laon, le siège du diocèse à Noyon. Quel est le message au siècle des Lumières où l'église catholique est fortement attaquée ? La démonstration d'un enracinement local propre ?
 
L'ouvrage de Grenier constitue pour le reste une recherche, à contresens de l'histoire, d'une cohérence à cette province ecclésiastique de Reims qu'il appelle Picardie. C'est pourtant sur ces affirmations que reposent aujourd'hui encore nombre de théories : lorsqu’on lit le Soissonnais faisait « autrefois, depuis toujours, traditionnellement, ... » partie de la Picardie, il est fait référence aux territoires au nord de la Marne, Parisis excepté.

Ulrich Beck, 2006
dénonce « un nationalisme méthodologique » : Au risque d’une simplification excessive, on pourrait se demander si les auteurs appartenant aux nations concernées par la division administrative romaine étaient en mesure d’aborder la question de la Gaule Belgique de façon objective ?
__________
  
 
La Civitas Suessionum




Cartes des Suessiones (Civitas Suessionum) par Stanislas Prioux 1861, avec les amputations du Concile de 814 sur la rive gauche de l'Oise
Cartes des Suessiones (civitas Suessionum), Stanislas Prioux, 1861 - gallica.bnf.fr

 
La Civitas Suessionum gallo-romaine s'étend de l'Oise au nord au petit Morin au sud.

La Civitas compte cinq pagi ou pays, correspondant chacun au territoire d'un peuple particulier ou tribu :
  · Le Pagus Suessionicus ou Pays du Soissonnais (futur Comté de Soissons),
  · Le Pagus Orcensis ou Urcisus ou Pays de l'Orxois,
  · Le Pagus Tardanisus ou Pays du Tardenois,
  · Le Pagus Vadensis ou Pays du Valois,  
  · Le Pagus Briegius ou Briegensis ou Pays de Brie.

Selon l'historien du 19e siècle Adolphe Chéruel, le pagus repose sur une distinction naturelle du sol, sur sa configuration géologique ou géographique. Les frontières du Pagus Suessonicus et de la région naturelle du Soissonnais sont donc assez proches : l'Oise à l'ouest, l'Ailette au nord, l'Automne et l'Ourcq au sud.

Le Pagus Suessonicus, ainsi délimité par quatre cours d'eau, est entouré au Nord-Ouest, par le Pagus Noviomagensis (Pays du Noyonnais), au Nord-Est le Pagus Laudunensis (Pays du Laonnois), au Sud-Est le Pagus Tardensis (Pays du Tardenois), au Sud-Ouest le Pagus Vadensis (Pays du Valois) et à l’Ouest le Pagus Rossontensis (Pays de Resson). 
 
A la mort d'Auguste (en 14 ap. J.-C.), les Bellovaci, Ambiani, Veromandui, Morini étaient comptés parmi les civitates stipendiariae, peu autonome ; les Suessiones formaient une civitas libera, plus autonome.

Le royaume de Soissons, dernier territoire gallo-romain

Au Ve siècle, le nord de la Belgique seconde est envahi par les Francs saliens (Clodion s’empare entre 440 et 460 du Cambrésis et de l’Artois méridional dont héritera Clovis) tandis que le sud relève du royaume romain de Soissons, tenu successivement par les généraux Aetius, Ægidius et Syagrius, dotés du titre militaire de maître de la milice des Gaules (magister militum per Gallias), c'est-à-dire commandant en chef des armées romaines en Gaule.

Dans le même temps, le nord de la Belgique première est occupé par les Francs rhénans ou ripuaires et le sud par les Alamans. La Séquanaise (Besançon) est quant à elle prise par les Burgondes.

Le domaine romain ne s'étend donc plus sur toute la Gaule, il est enclavé entre des royaumes germaniques en relation d'allégeance plus ou moins respectée vis-à-vis de l'empire : les royaumes des Wisigoths au sud-ouest, des Francs saliens au nord, des Alamans à l'est et des Burgondes au sud-est ; à l'ouest, ce sont les territoires contrôlés par les Bretons. Ce domaine s'étend entre la Somme et la Loire. Il est maintenu ainsi de l'époque d'Aetius vers 450 à celle de Syagrius vers 480. Durant le règne de Syagrius, le domaine gallo-romain ne compte plus que les terres autour des cités de Noviomagus Veromanduorum (Noyon), Augustomagus (Senlis) et Augusta Suessionum (Soissons).

En 481, à l'avènement de Clovis, le royaume des Francs atteint donc les vallées de la Somme, l'Oise et la Meuse c'est à dire le nord des cités des Ambiens, des Viromanduens et des Remi, qui sont du Royaume de Syagrius (capitale Soissons) et dans lequel les Francs sont déjà présents. Les cités de Soissons, de Vermand et de Reims et leurs pays du Soissonnais, du Noyonnais et du Laonnois appartiennent ainsi au dernier domaine gallo-romain.

Sous le règne de Clovis, les Francs saliens, installés comme fédérés autour de Tournai, commencent à descendre vers le sud sans que Syagrius réussisse à les arrêter. En 486 à Soissons, les Francs l'emportent et installent leur nouvelle capitale dans cette ville. 


Les cités et pays dans l'organisation administrative du royaume Franc

Dès 486, les cités de Soissons, de Vermand et de Reims et leurs pays du Soissonnais, du Noyonnais et du Laonnois conquis par Clovis après la Bataille de Soissons constituent le cœur du domaine royal mérovingien à l'origine de l'Île de France capétienne. Soissons est la première capitale des Francs et les vallées de l’Oise, de la Somme et de l’Aisne, deviennent l’épicentre du pouvoir franc, qui doit s'appuyer sur l'église.

Fusion de différentes cultures, empreinte de la romanité, héritage chrétien et influence germanique, la royauté mérovingienne conserve des structures administratives romaines la civitas, 
circonscription de base qui va servir à définir le comté, également appelé pagus durant l'époque mérovingienne, doté d'un chef-lieu, qui est aussi souvent le siège de l'évêché. A la tête de cette circonscription, le comte, un prince à l'origine, souvent originaire de la région qu'il administre, provient de l'aristocratie locale dont les intérêts propres peuvent aller à l'encontre de ceux de la royauté. Egalement souvent issu de l'aristocratie locale, l'évêque est un personnage politique de premier plan, il jouit du soutien d'un réseau puissant et gère un patrimoine foncier parfois conséquent. 

Les divisions ecclésiastiques du territoire qui voient le jour sont également calquées sur l'organisation romaine. A
la fin du Ve siècle, les frontières naturelles de la Civitas et du Pagus donnent les limites du diocèse et de l’archidiaconé, dans lequel le doyenné (decanatus) regroupe plusieurs paroisses. Autour de Quierzy, apparaissent les diocèses de Soissons, de Noyon (531) et de Laon, qui survivront sans grand changement jusqu’à la révolution. Les diocèses ecclésiastiques donneront également les diocèses civils, comtés, duchés, ...

 
La Belgique Seconde au Moyen Âge ou
Province Ecclésiastique de Reims

Les douze diocèses de la province ecclésiastique franque de Reims d'a
vant 1559 semblent calqués sur les douze Cités de la Belgique Seconde gallo-romaine (du nord au sud) :


     
- Cité des Morins, chef-lieu : Tarvenna (Thérouanne)
- Cité des Ménapiens, chef-lieu de cité : Castellum Menapiorum (Cassel)
- Cité des Nerviens, chef-lieu de cité : Bagacum Nerviorum (Bavay)
- Cité des Atrébates, chef-lieu de cité : Nemetacum (Arras)
- Cité des
Ambiens, chef-lieu de cité : Samarobriva (Amiens)
- Cité des Viromanduens, chef-lieu Augusta Viromanduorum (Vermand / Saint-Quentin)
- Pays du Laonnois, Cité des Rèmes
- Cité des Rèmes, chef-lieu Durocortorum (Reims), capitale de la Gaule Belgique 
- Cité des Bellovaques, chef-lieu de cité : Cæsaromagus (Beauvais)
- Cité des
Silvanectes, chef-lieu Augustomagus (Senlis)
- Cité des Suessions, chef-lieu Augusta Suessionum (Soissons) 
- Cité des Catuvellauni, chef-lieu Catalaunum (Châlons-en-Champagne
  - Diocèse de Thérouane
- Diocèse de Tournai
- Diocèse de Cambrai
- Diocèse d'Arras
- Diocèse d'Amiens
Diocèse de Noyon
-
Diocèse de Laon
- Diocèse de Reims
- Diocèse de Beauvais  
- Diocèse de Senlis
- Diocèse de Soissons
- Diocèse de Châlons-en-Champagne
 
< On détermine les territoires des Nerviens entre Meuse et Escaut exclu, des Atrébates dans le bassin de la Scarpe, des Morins sur la Lys supérieure (Pas-de-Calais), des Ménapiens sur la Lys inférieure entre la côte et l’Escaut inclus.

Atlas historique de la France depuis César jusqu'à nos jours, Auguste Longnon, 1907

Comme la Belgique Seconde, la province ecclésiastique de Reims a pour capitale « la cité des rois » ou « cité des sacres », où Clovis est baptisé par Saint Remi comme ensuite un grand nombre de rois carolingiens puis capétiens pendant plus de dix siècles de Louis le Pieux en 816 jusqu'à Charles X en 1825.



La Gaule à l'arrivée de César,
Auguste Longnon, 1907

  Le partage de 511 coupe en trois la Belgique Seconde. Le Royaume de Soissons comprend les diocèses de la Province de Reims excepté les diocèses de Beauvais et Amiens qui font partie du Royaume de Paris, ainsi que les diocèses de Châlons et Reims qui font partie du Royaume de Reims.

Diocèses du Royaume de Soissons :
 - Diocèse de Thérouane
 - Diocèse de Tournai
 - Diocèse de Cambrai
 - Diocèse d'Arras
 - Diocèse de Noyon
 - Diocèse de Laon
 - Diocèse de Senlis
 - Diocèse de Soissons

Les rois Francs créent pour administrer leur territoire les comtés et duchés à partir des diocèses gallo-romains et y éparpillent des préposés aux attributions de plus en plus étendues, qui deviennent peu à peu inamovibles. La force et la ruse constituent alors le droit. Le Soissonnais est limité, au nord, par le Laonnois, lié à la Champagne, au sud-est, par le Tardenois, au sud-ouest, par l'Orxois, au sud, par la Brie et au Multien. Le comté de Soissons ne coïncide donc pas avec le Soissonnais.

Le Vermandois comprenant le pays des Veromandui au nord et le Noyonnais au sud.
 
Les six pairs ecclésiastiques primitifs du royaume de France

La pairie est l’ensemble des pairs de France, titre donnant accès au conseil du roi, accordé à l'origine aux douze principaux seigneurs du royaume, six ecclésiastiques (trois ducs et trois comtes) et six laïcs (trois ducs et trois comtes). On peut en trouver l’origine dans les douze pairs légendaires que la Chanson de Roland place autour de Charlemagne. Les pairs représentent les électeurs primitifs à la royauté à l'époque où la primogéniture n'est pas de règle, et assurent la dévolution de la couronne selon les lois fondamentales du royaume, ainsi que le choix de la régence en cas de minorité.

Au XIIIe siècle, on reconnaissait douze pairies : trois duchés-pairies laïques (Bourgogne, Normandie, Aquitaine), trois duchés-pairies ecclésiastiques (archevêque de Reims, évêques de Laon et de Langres), trois comtés-pairies laïques (Toulouse, Flandre et Champagne) et trois comtés-pairies ecclésiastiques (évêchés de Beauvais, Châlons et Noyon). À partir de 1297, le roi procède à l’érection de nouvelles pairies laïques, et leur nombre augmente progressivement ensuite. 

Les six pairs ecclésiastiques primitifs du royaume de France sont ainsi l'archevêque-duc de Reims, l'évêque-duc de Laon, celui de Langres, l'évêque-comte de Beauvais, celui de Châlons et celui de Noyon. L'abbé de l'abbaye Saint-Rémi de Reims, gardien de la Sainte Ampoule, et celui de l'abbaye de Saint-Denis, gardien des autres insignes royaux et de la nécropole royale. Tous siègent au nord-est du royaume.
 
 

Armoiries d'Eu (Seine-Maritime)
D'argent au lion passant de gueules
La Description des Provinces et Villes de France, Pierre de La Planche, 1669

On présente parfois les armes d'un comte d'Eu (
d'or au lion passant de gueules), qui fut comte de Soissons, comme celles du Soissonnais.

Les Comté et Diocèse de Soissons

Le Comté de Soissons des époques mérovingienne et carolingienne trouve son origine dans la Civitas Suessionum. A la période mérovingienne, Soissons est à plusieurs reprises capitale du royaume franc avant de revenir vers 896 à Herbert Ier de Vermandois, seigneur de Péronne et de Saint-Quentin, fils de Pépin (pour qui le Vermandois a été érigé en comté par Louis Ier, fils de Charlemagne). Herbert Ier hérite également des comtés de Meaux et du Vexin, ensemble formant une marche pour lutter contre les Normands.

Le Bailliage et Comté de Soissons est présenté au Chapitre VII de la célèbre Description des Provinces et Villes de France de Pierre de La Planche de 1669 dans son Livre I consacré au Gouvernement de l'Île de France.
__________

Le Diocèse de Soissons d'avant 1789, également issu de la Civitas Suessionum, était constitué de quatre archidiaconés eux-mêmes découpés en doyennés :
  · Grand Archidiaconé : Chrétienté (Soissons), Vailly, Chacrise et Viviers.
  · Archidiaconé de la Rivière : Vic-sur-Aisne, Collioles, Berthisy et Blérancourt.
  · Archidiaconé de Brie : Chatillon, Château-Thierry, Orbais, Chézy, Dormans et Montmirail.
  · Archidiaconé de Tardenois : Bazoches, Oulchy, Neuilly, Fère.

Le pays du Soissonnais correspond au Grand Archidiaconé et à l'Archidiaconé de la Rivière de l'ancien Diocèse de Soissons.

La paroisse de Quierzy faisait alors partie du Diocèse de Soissons, Archidiaconé de la Rivière, Doyenné de Blérancourt.

L'État ecclésiastique et civil du diocèse de Soissons, Pierre Houiller, 1783 fournit concernant Quierzy les informations suivantes :


Houiller indique " Vermandois, Gouvernement de l'Île de France " pour la partie du Diocèse de Soissons au nord de l'Aisne. Il est question ici du bailliage de Vermandois qui a son siège à Laon.

A la veille de la révolution, le Diocèse de Soissons s'étend sur une partie de l'Île de France, de la Champagne et de la Brie. Il comprend une partie du bailliage de Vermandois, réuni au Gouvernement de l'Ïle de France, outre une grande partie du Valois (Gouvernement de l'Ïle de France), du Pays d'Orxois, de la Gallevesse (Brie galeuse ), du Tardenois et du comté de Senlis (Gouvernement de l'Île de France).

Siège du Royaume après 486, Soissons est ensuite possédé par les rois Clotaire, Chilpéric I, Clotaire II et ensuite gouverné par des ducs, dont plusieurs Maires du Palais, puis comté héréditaire d'abord possédé par les princes de Vermandois descendant de Pépin, puis Duc d'Orléans depuis 1750. Soissons, qui faisait autrefois (au XVIe siècle ?) partie de la « Picardie », en a été démembré et uni au Gouvernement d'Île de France. Soissons est la capitale du Soissonnois.

Prieuré de Quierzy / Prior de Cherisy (dépendance à Lihons), Ordre de Cluny (État et carte du diocèse de Soissons d'après les listes bénéficiales de la fin du XIVe siècle, Louis Duval-Arnould Mélanges de l'école française de Rome Année 1973 85-1 pp. 159-266)

La paroisse de Quierzy sous l'ancien régime

Intendance ou Généralité: Paris puis Soissons (1595)
(principale circonscription administrative territoriale, divisée en subdélégations. Le bureau des finances est sous son autorité)
Election ou diocèse civil (répartit les impôts) : Soissons
Subdélégation et Direction : Soissons
Parlement (cour de justice): Paris
Coutume : Chauny
Bailliage ou sénéchaussée (circonscription administrative, financière et judiciaire) : Chauny
Présidial (tribunal d’appel des bailliages ordinaires) : Laon

Diocèse religieux :  Soissons
  Archidiaconé de la Rivière
  Doyenné de Blérancourt
  Paroisse : Quierzy
 
 
Des territoires liés au pouvoir royal 

 
Au gré des partages, successions, alliances de la période féodale, les territoires des diocèses de Soissons, de Noyon et de Laon relèveront du roi, des comtes de Valois, de Vermandois, de Champagne, de Guise, des sires de Coucy, ...

Liés au pouvoir royal sous les Mérovingiens et Carolingiens, ces territoires ont pour centre de gravité :
- au sud les axes de l'Oise vers la Belgique et le Rhin puis Paris, d'une part et de l'Aisne et de la Vesle* vers la Champagne d'autre part,
- au nord, l'axe de la Somme (Saint-Quentin, Amiens, Corbie). La basse vallée de la Somme, plus éloignée de la « métropole » de Reims est tournée vers les échanges entre la (Grande) Bretagne via Boulogne et Lyon puis Paris.

Les conséquences linguistiques de ces différentes considérations ne sont certainement pas négligeables.
__________
 
* La Vesle relie Soissons à Reims par Fismes, confins sud du Soissonnais.  

La ligne de partage des eaux entre deux bassins versants, constitue une limite naturelle parfois invisible mais d’importance. Il est important de maîtriser cette énergie depuis sa source ... mais aussi d'en éviter la pollution par un rival ...

L'importance considérable du comté ecclésiastique de Noyon
 
Vers 530, Médard, qui avait vécu à la cour de Childéric Ier puis de Clovis à Tournai et assisté l'évêque Remi de Reims lors du baptême de Clovis, en 496, est nommé par Remi évêque de Vermand, près de Saint-Quentin. En 531, peut-être après une dévastation de Vermand par les guerres entre les rois mérovingiens, Médard transfert son siège épiscopal à Noyon, sans doute plus aisé à défendre et plus proche de la capitale royale de Soissons. En 532, à la mort de l’évêque de Tournai, sur la demande du roi Clotaire, Médard est nommé par le pape Hormisdas à l'épiscopat de Tournai, unifiant ainsi le diocèse de Tournai avec celui de Noyon, union qui durera jusqu'en 1146. Vers 1160, l'Evêché de Noyon est érigé en comté-pairie. Cet évêché est en effet étroitement lié à la royauté franque : Charlemagne est sacré roi des Francs à Noyon en 768 ainsi que Hugues Capet en 987.

Diocèse de Noyon, primitivement de Vermand / Saint-Quentin, transféré en 531 à Noyon, neuf doyennés :
Noyon, Chauny, Vendeuil, Saint-Quentin, Péronne, Athies, Curchy, Nesle, Ham.
Topographie Ecclésiastique de la France, Jules Desnoyers, 1854

En 987 lorsque Hugues Capet est élu roi à Senlis et sacré à Noyon, même morcelé, le domaine royal, possession directe du roi, peut toujours s'appuyer autour de Compiègne (entre Valois, Vermandois et Champagne) sur d'importants évêchés dans
le Soissonnais, le Noyonnais et le Laonnois.

Vers 1160, les évêques de Noyon et de Laon (ainsi que celui de Beauvais) deviennent vassaux directs de la couronne de France avec le titre de pair de France. Leurs terres, attachées au domaine royal, deviennent intransmissibles. Ces territoires correspondent plus au Noyonnais ou au Laonnois qu'au diocèse de Noyon ou de Laon.

Au XIIe siècle, les grands ensembles territoriaux environnant les comtés
de Vermandois, de Valois et de Montdidier (« la principauté vermandisienne »), sont les comtés de Flandre et de Hainaut au nord, celui de Champagne au sud-est, le domaine royal capétien au sud, la Normandie à l’ouest et Amiens au nord-ouest.

Le XIIe siècle voit également l'arrivée de colonies de Flamands, que les troubles politiques de leur pays font refluer jusque dans les plaines de la Somme, apportant un élément précieux d'activité et de prospérité; la fabrication des draps et étoffes de laine. Les villes « drapantes » de la Somme, Abbeville, Amiens, Péronne, etc., rivalisaient avec celles des Flandres. Ce développement est à l'origine d'une classe d'artisans nombreuse et organisée qui explique l'élan avec lequel les villes se jetèrent dans le mouvement d'émancipation communale contre le despotisme seigneurial (commune de Noyon, 1108 ; Saint-Quentin; Amiens, 1113-1117; charte de l'abbaye de Saint-Riquier, 1126; commune du Ham, antérieure à 1142; Corbie, 1180; Abbeville, 1184, etc.). Les révoltes que provoqua ce mouvement d'affranchissement nécessitent l'intervention fréquente des rois de France.


Dans le même temps, les querelles sont incessantes entre le comté de Laon, les sires de Coucy, le comté de Champagne, de Guise, de Vermandois jusqu'à la réunion de ce dernier comté à la couronne, en 1185-1191.
On multiplie aussi à cette époque les structures : création des bailliages au XIIe siècle sur le domaine royal, notamment par Philippe Auguste. D'abord très étendues, l'abus qu'ils firent de leur puissance obligea les rois à la réduire et au XVIe siècle, le rôle du « bailli » était devenu honorifique.

La coutume de Vermandois - Son étendue d'application
 
Si on veut rechercher comment les choses se sont particulièrement passées pour la Coutume de Vermandois, on peut dire que, comme pre­mière et plus ancienne province de la France, le Vermandois a retenu les anciennes coutumes générales ; les comtes et seigneurs qui y ont dominé ont fait de nouveaux statuts pour les villes ou confirmé leurs usages primitifs : telle fut la loi dite de Vervins ou de la Bassée, due à un seigneur de Vervins ; telle fut encore l'ordonnance appelée « La paix de la Fère », faite par un Enguerrand de Coucy ; d'autre part, les rois ont agi de même pour les villes qui leur sont venues par droit de réversion, composition ou autrement : c'est ce que justifient les chartes des communes de Saint-Quentin, Péronne, Chauny et autres ; enfin certaines institutions du droit romain se sont maintenues à travers les siècles et sont devenues des articles de notre Coutume.
 
Avant d'aborder l'étude de la Coutume de Vermandois, il est indispensable de savoir autant que possible quelle fut son étendue d'application.
 
En premier lieu, il faut distinguer le comté et le bailliage de Vermandois :
 
Un pays appelé Vermandois, et situé au nord-ouest de la Thiérache, autour des sources de la Somme, fut érigé en comté par Charlemagne en faveur de son deuxième fils Pépin ; il avait pour villes principales Saint-Quentin (Augusta Veromanduorum), Vermand, Ham (Hametum ou Hamum), Saint-Simon, le Câtelet. Ce comté devint la propriété de Bernard, roi d'Italie et fils de Pépin, puis passa entre les mains des comtes qui lui succédèrent. Sous le règne de Philippe-Auguste, il appartenait au comte de Flandres ; le roi de France fit la guerre à ce dernier, et en 1215 le comté de Vermandois fut réuni à la Couronne.
 
Philippe-Auguste établit un grand bailli (le premier de la France) pour gouverner le pays et pour y rendre la justice ; il ordonna que ce bailli tînt son siège dans la ville de Laon. Comme nous voulons étudier la Coutume de Vermandois telle qu'elle fut rédigée au XVIe siècle, en 1556, c'est aussi à cette époque que nous nous placerons pour rechercher sur quelles villes, sur quels territoires s'étendit son empire. Mais il parait impossible de donner au Vermandois, envisagé de cette façon, des bornes fixes et des limites précises ; c'est malheureusement par une sèche et aride énumération de villes, villages et hameaux qu'il faut procéder, car parfois des villages, enclavés de tous côtés par des territoires soumis à la Coutume de Vermandois, ressortissaient d'une autre coutume, et parfois la Coutume de Vermandois s'étendait sur des pays voisins qui semblaient géographiquement devoir être soustraits à son autorité.
 
La Coutume de Vermandois, dont nous ne voulons donner qu'un aperçu bref et général, comprenait les bailliages et prévôtés de Laon et de Soissons, ainsi que les territoires dépendant des coutumes particulières de Ribemont, Saint-Quentin, Noyon et Coucy.
 
Ainsi, les bailliages et prévôtés de Laon et de Soissons et les territoires dépendant des coutumes particulières de Ribemont, Saint-Quentin, Noyon et Coucy étaient soumis à la Coutume générale de Vermandois chaque fois que les dispositions de ces coutumes particulières ne se trouvaient pas en contradiction avec celles de la coutume générale.

 
Essai sur la Coutume de Vermandois, M. Tronquoy, Bulletin de la Société Archéologique de Vervins, Tome douzieme 1887

Toujours Grenier dans son Introduction ...  relève pour sa part, sur le territoire de la Gaulle Belgique qu'il étudie et appelle Picardie, l'existence de trois coutumes, dans un chapitre consacré au « Gouvernement féodal divisé deux grands baillages » (pages 6 à 11) : le bailliage d'Amiens et celui de Vermandois, ce dernier demembré pour former celui de Senlis. S'attardant principalement sur des hypothèses concernant les ressorts de ces baillages, il conclut sans surprise que l'Artois se confond avec la Picardie et « Pourquoi ne pas dire la même chose du Senlisis, du Valois, etc. ? » : « Charles V, jugeant qu'il est important de corriger certains abus que ses officiers commettaient dans l'exercice de leurs charges, députe, le 6 avril 1374, les mêmes commissaires avec le titre de réformateurs dans les diocèses d'Amiens, de Soissons, de Noyon, de Beauvais, de Laon, de Thérouane, de Tournai. Peut-il donc résulter de cette identité de privilèges confirmés, de charges ôtées, d'abus réformés autre chose, sinon que ces trois baillages sont à l'origine de province de Picardie. » Ces trois baillages les seuls étudiés par Grenier !  De quelle province est-il question ?

1435, démembrement du puissant bailliage de Vermandois lors de la cession des « Villes de la Somme »

Le bailliage de Vermandois réunissant les pouvoirs judiciaire, administratif et militaire fut établit par Philippe-Auguste. L'expansion du Vermandois culmine alors dans la vallée de l'Oise au nord du Soissonnais
et du Laonnois notamment, bien au-delà de ses frontières naturelles de la haute vallée de la Somme.

Après 
1185, le comté d'Amiens, uni au domaine royal, disparait et passe sous l'autorité directe du roi avant de revenir un temps au Vermandois.

Le Vermandois
sera démembré en 1435 par le Traité d'Arras qui cède certaines « Villes de la Somme », dont Saint-Quentin, aux Bourguignons. Ce traité de paix ramène ainsi la frontière nord du domaine royal à celle de l'Île de France d'avant 1790 (ligne de partage des eaux Somme-Oise).

Certains croient voir dans ces premières mentions des places fortes de la Somme, une des origines possibles de la « Picardie », au moment où ces territoires défensifs sont pour un temps séparés du domaine du roi auquel ils sont unis depuis 1185 ! Le traité de paix de 1435, par lequel Charles VII cède certaines Villes de la Somme (le Ponthieu reste anglais jusqu'en 1477) à Philippe III de Bourgogne, qui renonce en contrepartie à son alliance avec les Anglais, permet principalement le recul dès lors inexorable des Anglais. La guerre de Cent Ans prend fin en 1453. Louis XI rachète ces places à Philippe le Bon de Bourgogne en 1463, le traité de Conflans, les rend aux Bourguignons en 1465, Louis XI les reprend après la mort de Charles de Bourgogne en 1477, puis de celle de sa fille Marie en 1482 ...

Cette appellation commune et ces brefs soubresauts ne gomment en rien la disparité des territoires historiques du bassin de la Somme, marche du domaine royal aux frontières d'Artois et de Flandre, issue des Civitas Ambianensium à l'ouest et Civitas Viromanduorum à l'est : le Ponthieu y compris le pays de Montreuil, la seigneurie ecclésiastique de Saint-Riquier, le Vimeu, la seigneurie ecclésiastique de Corbie, l'Amiénois, le Santerre et le Vermandois (pays du Saint-Quentinois). Au sein de cet agrégat de terres féodales de statuts divers, il n’existe aucun sentiment « régionale » comme il n’existe pas encore à cette période de sentiment national. Ces pays diffèrent par la langue, le droit, les institutions, ... comme partout au royaume de France. L'appellation « Picardie » qui succèdera à celle de « Villes de la Somme » ne rend plus compte de cette diversité.

Ce premier ensemble était donc déjà lui-même constitué par une juxtaposition de pays ne présentant entre eux que des liens administratifs : le Calaisis, avec ses plaines alluviales uniformément plates, ses côtes basses et sablonneuses; le Boulonnais, fragment de l'auréole jurassique du bassin parisien qui se termine sur la côte en roches blanchâtres, pays au sol argileux, domaine du pâturage et de l'élevage, encadré à l'Est, et au Sud par des terres crayeuses et arides; vers l'embouchure de la Somme, c'est le Marquenterre, véritable polder converti en herbage, qu'un cordon de dunes protège contre l'envahissement de la mer; la vallée de la Somme, humide, tourbeuse, bordée d'hortillonnages, jardins maraîchers et fruitiers coupés de canaux, jalonnée de villes industrielles, est le cœur même de la région; de chaque côté de la vallée s'étendent de grands plateaux crayeux, bas, ondulés, coupés de vallons secs aux flancs inégaux, dépourvus d'arbres; seuls quelques mamelons argilo-sableux, lambeaux épars de terrains cénozoïques entre Péronne et Montdidier, portent de beaux bois; du côté de l'Est, dans le Vermandois, où les sources de la Somme avoisinent celles de l'Escaut et de la Sambre, le pays est plus sec encore, comme dans l'Artois, par suite de la prédominance du terrain de craie; plus loin, au-delà de la vallée de l'Oise, la Thiérache, rattachée par Richelieu, contraste avec ses coteaux aux formes adoucies, où l'affleurement des marnes entretient une couverture verdoyante de pâturages et de forêts.

Les marches aux « frontières d'Artois et de Flandre » des XIVe et XVe siècles

Dans le détail, et à nouveau selon les recherches fournies de Grenier dans L’Introduction à l'histoire générale de la province de Picardie, abondamment recopiée, au moment de leur apparition, tant la marche aux « frontières d'Artois et de Flandre » du XIVe siècle que le « gouvernement militaire de Picardie » du XVe siècle, ne comprenaient pas le Beauvaisis, le Valois, le Soissonnais, le Laonnois, le Noyonnais.

Une marche est un district militaire établi au voisinage d'un pays ennemi, ayant à sa tête un gouverneur. Telle est la nature de ces deux circonscriptions devant l'Artois et la Flandre, aux mains des Bourguignons puis des Espagnols jusqu’au XVIIe siècle. Grenier utilise le terme gouvernement.

Le district militaire du XIVe siècle était « composé des bailliages d'Amiens, Lille et Douay, qualifiés frontières d'Artois et de Flandre. Dans les lettres des premiers lieutenants-généraux et gouverneurs de la province, leurs provisions et les Chroniques de Jean Froissart, la Picardie se limitait à ce qui était au-delà de la Somme. » La rivière Somme constitue en effet la frontière nord du royaume de France depuis la réunion du comté d'Amiens au domaine royal en 1185.

Le district militaire du XVe siècle était pour sa part constitué autour des « villes de la Somme », ce qui avance sa frontière sud sur la ligne naturelle de partage des eaux Somme - Oise, voisine de la limite sud du plateau crayeux, qui ne s’appelle pas encore picard. Sans doute du fait de sa nature, mais aussi de la confusion avec l'antique Belgica, ce district militaire connait différentes représentations cartographiques au XVIe siècle, peut-être
au gré des opérations militaires ? Il s’agit ici d’hypothèses. Quoi qu'il en soit, au XVIIe siècle, le district militaire est représenté au sud sur ses limites naturelles initiales du XVe siècle.

Grenier lui-même (pages 2 à 6) reconnait que le gouvernement militaire de Picardie du XVIIIe siècle « ne renferme que l’Amiénois, le Ponthieu, le pays reconquis, le Santerre, la Tiérache, le Vermandois et le Vimeux ; mais il n’est pas moins vrai que le Beauvoisis, le Laonnois et le Noyonnais faisait encore partie du gouvernement de cette province au XVIe siècle » avant de conclure « que le gouvernement militaire de cette province a essuyé trop de révolutions pour pouvoir servir de division à la vraie Picardie ».

Création des grands gouvernements militaires ou gouvernements généraux : tout d'abors quatre grands gouvernements militaires aux frontières

A la fin du Moyen Âge, l'autorité royale se renforce contre les grands feudataires. Les grands gouvernements militaires
ou gouvernements généraux sont créés afin notamment de limiter les pouvoirs des baillis en confiant leurs pouvoirs militaires à de hauts personnages de la famille royale et de la cour. C'est sous Louis XI puis François Ier, que la défense du royaume est organisée avec quatre grands gouvernements militaires correspondant aux quatre grandes frontières : Pays-Bas bourguignons-espagnols, Allemagne, Italie et Espagne.

Ces quatre gouvernements frontières de Picardie, de Champagne, de Piémont et de Guyenne sont dotés des premières troupes régulières formées par la France
« les bandes françaises », mises sur pied sur le modèle de bandes suisses, qui firent merveille à Nancy en 1477. Affectées à chacune des quatre frontières du royaume, ces bandes donneront naissance, au XVIe siècle, aux « Quatre Vieux », qui sont les plus anciens régiments d'infanterie de l'armée française : le Régiment de Picardie, le Régiment de Champagne, le Régiment de Navarre et le Régiment de Piémont. Ces différentes unités doivent leur nom à leur lieu affectation - la frontière concernée - plus qu'à l'origine géographique de leurs troupes, venues de tous les horizons (francs-archers, aventuriers, pionniers fournis par les villes, anciennes compagnies de cavalerie, vieux soldats suisses, ... réunis en 1480 au camp du Pont de l'Arche, dans l'Eure et envoyées dans le gouvernement de Picardie en 1483).

L
es campagnes militaires contribuent également à la diffusion du français, langue officielle du royaume à partir de 1539 (ordonnance de Villers-Cotterêts), utilisé de longue date comme langue véhiculaire par les couches supérieures de la société et dans l'armée royale qui, lors des croisades, le porta en Italie, en Espagne, à Chypre, en Syrie, à Jérusalem, ... Le français prend alors le pas sur les autres langues d'oïl (orléanais, champenois, angevin, bourbonnais, gallo, picard, etc.) et s'infiltre dans les principales villes du royaume. Au fur et à mesure que s'affermit le domaine royal et la centralisation du pouvoir, la langue du roi de France gagne du terrain mais, pour quelques siècles encore, le latin garde ses prérogatives à l'écrit et dans les écoles pendant que les « patois » restent l'apanage à l'oral des classes populaires dans presque toute la France.

 
Le gouvernement frontière dit de « Picardie »
, une ceinture défensive autour des Flandres et de l'Artois bourguignons
 

     
Profitant de la mort de Charles de Bourgogne en 1477, puis de celle de sa fille Marie en 1482, Louis XI parvient à reprendre possession de terres qui étaient devenues bourguignonnes cinquante ans plus tôt : comtés de Boulogne et de Ponthieu, « Villes de la Somme ».
 
On
s'empresse alors de constituer un glacis défensif ceinturant l'Artois, les Flandres, le Hainaut français, le Cambrésis, restés « bourguignons », qui protègera Paris et le royaume jusqu'au retour à la France de Calais en 1558 et de l'Artois en 1559.
 
O
n donne rapidement le nom de gouvernement militaire dit de « Picardie » à cette ceinture défensive qui suit la côte boulonnaise, la vallée de la Somme et la haute vallée de l'Oise à travers différents territoires hétéroclites, issus de ce premier démembrement des « Pays-Bas bourguignons » (comtés de Boulogne et de Ponthieu, « Villes de la Somme », dont Saint-Quentin, partie au nord-ouest du remuant comté de Vermandois-Guise). Cette juxtaposition est principalement militaire et de circonstance (affirmation de l'autorité royale) mais certains régionalistes cherchent depuis à y imposer une cohérence à défaut de véritable unité ...
 
« Les limites des gouvernements généraux qui se partageait le territoire de la France en 1789 étaient mal définies et, dans certains cas, n’étaient pas définies du tout. » Provinces, départements, régions l'organisation administrative de la France d'hier à demain - Jean-Louis Masson, 1984 p32 et Les limites et les divisions administratives de la France en 1789, Armand Brette, 1907 

Il faut ensuite insister sur le fait qu’après 1435, les écrits mentionnant « Vermandois en partie » peuvent ne concerner que la ville de Saint-Quentin et non le Soissonnais.

Le nouveau territoire militaire s’étend sur quatre anciens territoires hérités de la période gauloise (Morins, Ambiens, Vermands, Rèmes) qui ont donné d’importants diocèses et comtés dès la période franque :
 
   • diocèse de Thérouanne et comté de Boulogne, tournés dès l’époque gauloise vers le commerce avec les îles britanniques,
   • diocèse et comté d’Amiens, dont est issu le comté de Ponthieu (Abbeville), établis sur les deux rives du cours inférieur de la Somme et important carrefour de communication,
   • diocèse de Vermand puis Noyon et comté de Vermandois-St-Quentin et non
Vermandois-Laon, traversés par le cours supérieur de la Somme et tourné vers la Champagne, Troyes, Reims et Chalons,
   • diocèse de Reims dans sa partie nord, dont sont issus les comtés de Laon, de Guise, capitale de la Thiérache, et la seigneurie de Coucy et de peuplement antérieur à l'arrivée des peuples belges (les Rèmes étaient liés aux Suessions avant la période romaine).

 
On perçoit ainsi nettement l'artificialité de l'ensemble avec deux centres d'attaction bien distincts et anciens :
 
 
   •
le nord-ouest maritime pour les comtés de Boulogne, de Ponthieu et dans une moindre mesure pour le carrefour d'Amiens (Ambiens vient d'ambi, les deux à la fois), 
   •
le sud-est champenois pour le Vermandois, le Laonnois et la Thiérache.

On retrouve trace de ces fortes influences au plan linguistique en constatant que le picard du sud est concurencé de longue date en dehors de l'Amiénois par l'anglo-normand à l'ouest et le champenois à l'est, mais aussi le chti au nord et le francilien / français au sud.
 

La « Picardie » n'existe pas avant la fin du XVe siècle

A la période gauloise, la vallée de la Somme traverse le territoire des Ambiens (Amiens) et celui des Vermands (Saint-Quentin), qui donneront les comtés carolingiens de Ponthieu (Abbeville, Montreuil), de Vimeu (Saint-Valéry), d'Amiens, de Montdidier (Santerre) et de Vermandois (Saint-Quentin, à l'origine distinct du Beauvaisis, du Noyonnais, du Valois, du Soissonnais ou du Laonnois) avant de connaitre des destinées assez diverses.

Le pouvoir royal s'affirme très tôt sur la vallée de la Somme. S'appuyant sur l'église, les Mérovingiens installent d'importantes seigneuries ecclésiastiques à Saint-Riquier en Ponthieu (625) et Corbie en Amiénois (entre 657 et 661), à l'instar de celles de Beauvais, Noyon, Laon, Reims, Châlons, ... Relais de l'autorité royale et sources de revenus, directement liées à la famille royale, ces seigneuries vont servir les rois de France y compris militairement : Corbie sera une tête de pont royale d'
importance durant la guerre de cent ans.

Après le capitulaire de Quierzy (877), qui étend l'hérédité des fiefs aux gouvernements des provinces de l'empire carolingien, commence l'époque féodale ; les possesseurs des fiefs devenus héréditaires accroissent leur puissance sous les derniers Carolingiens et certains de ces grands feudataires deviennent de fait indépendants.

La limitation des contacts entre les régions et les divers royaumes de l'empire, amène également une fragmentation linguistique ; la lingua romana rustica, ou « langue romane rustique » prend des formes particulières à l'intérieur des frontières de ce qui est aujourd'hui la France. Cette dialectalisation progresse rapidement autour de l'an 1000, pour s'accentuer encore durant les siècles suivants.

Par le fait de sa situation géographique au Nord du domaine royal et de la France, la région eut constamment à souffrir de la guerre et des invasions. Au IXe siècle, elle fut dévastée par les Vikings (bataille de Saucourt-en-Vimeux, 881). Durant la guerre de Cent ans, peu de pays furent aussi fréquemment foulés par les invasions et l'occupation anglaises que les campagnes (bataille de Crécy, 1346); dès 1347 les Anglais tenaient Calais; en 1360, an traité de Brétigny, le roi d'Angleterre obtient le comté de Ponthieu et Montreuil. Sous Charles VII, une partie de la région passa sous la rude domination des ducs de Bourgogne; en 1423, le roi d'Angleterre, devenu roi de France, confirma le duc de Bourgogne Philippe le Bon dans la possession des châtellenies de Péronne, Roye, Montdidier, etc., tenues par lui depuis cinq ans déjà. En 1435, au traité d'Arras qui scellait sa réconciliation avec Charles VII, le duc de Bourgogne obtint toutes les villes, terres et seigneuries que la couronne possédait sur les deux rives de la Somme, à savoir la cession à perpétuité des châtellenies de Roye, Péronne, Montdidier, et la cession, sous condition de rachat, des villes de la Somme : Saint-Quentin, Amiens, Abbeville, Corbie, avec le comté de Ponthieu, Doullens et Saint-Riquier. En 1463, Louis XI se hâta de racheter les villes de la Somme au vieux duc Philippe le Bon; et, en 1477, après la mort de Charles le Téméraire et l'effondrement de la puissance bourguignonne, la région devint pour toujours une province du domaine royal.

Constitution du domaine royal
 

Provinces ecclésiastiques mérovingiennes,
Auguste Longnon, 1907
      Dès les premiers Capétiens, alors que le domaine royal, les terres relevant directement du pouvoir du roi au sein du royaume de France, se limite tout d'abord à une partie de l'Île-de-France autour de Paris et d'Orléans (ailleurs, ce sont les grands seigneurs qui exercent leur autorité, notamment les six pairs laïcs : les ducs d'Aquitaine, de Bourgogne et de Normandie, ainsi que les comtes de Champagne, de Flandre et de Toulouse), ce domaine s'accroit rapidement dans la vallée de la Somme, importante place commerciale où affluent les marchands venus de Flandre, de Hollande et de l'Empire germanique, qui va également constituer une zone tampon entre Paris et les territoires ennemis de Normandie, de Flandre, ...

<< Les six pairs ecclésiastiques primitifs du royaume de France sont l'archevêque-duc de Reims, l'évêque-duc de Laon, celui de Langres, l'évêque-comte de Beauvais, celui de Châlons et celui de Noyon. L'abbé de l'abbaye Saint-Rémi de Reims est gardien de la Sainte Ampoule, et celui de l'abbaye de Saint-Denis, gardien des autres insignes royaux et de la nécropole royale.

En 988, Montreuil (
Ponthieu) est le premier port maritime tenu par les Capétiens (acquis par mariage par le domaine royal).

En 1068, Philippe Ier annexe une première fois le Vermandois au domaine royal.

En 1074, la prise de Corbie (rive nord de la Somme) est la seule acquisition que Philippe 1er ait faite par les armes.

En 1180, Philippe Auguste reçoit le comté d'Artois en dot.

En 1185, le comté d'Amiens (rive sud de la Somme) est uni au domaine royal et disparait sous l'autorité directe du roi.

En 1191, le comté de Vermandois est acquis par le roi, acquisition confirmée en 1214 et constitué en bailliage.

En 1223, Louis VIII reçoit en apanage les comtés de Boulogne et de Clermont en Beauvaisis.

En 1336, première conquête du comté de Ponthieu, rendu au roi d'Angleterre en 1360, reconquis en 1369.

Le 20 septembre 1435, par le Traité d'Arras, le roi Charles VII cède les Villes de la Somme, ... à Philippe III de Bourgogne.

En 1477, le comté de Ponthieu est rattaché définitivement au domaine royal.

Enfin, en 1482, par le traité d'Arras, les Villes de la Somme sont rattachées au domaine royal.

__________
 
Sur ces territoires étroitement liés au pouvoir royal, au plan linguistique, le Français du centre est au contact du Picard au nord, avec lequel la vallée - c'est-à-dire le bassin versant et non la rivière - de l'Oise constitue une frontière nette, mais aussi du Champenois à l'est et dans une moindre mesure de l'anglo-normand plus à l'ouest. Abel Hugo note dans La France pittoresque ou description pittoresque, topographique et statistique des départements et colonies de la France publié en 1835 : " La langue française est en usage dans tout le département à l'exception de quelques cantons reculés".


Quierzy n’est donc pas un village picard, du point de vue linguistique, même si son nom pourrait le laisser supposer. Du point de vue de l'histoire de son territoire, le Soissonnais n'a jamais été du gouvernement militaire de Picardie, apparu à l'époque moderne, au XVe siècle et pas avant.

Les armoiries de l'Île de France sont celles du Roi de France
 
  Elles ont connu deux variantes :
  • le blason de « France ancien » : champ d’azur semé de fleurs de lys d'or, c’est-à-dire sans nombre. La première apparition attestée des fleurs de lys comme emblème du roi et du domaine royal date de 1211, sur un sceau du futur Louis VIII.
  • le blason de « France moderne » : champ d’azur à trois fleurs de lys d'or, modifié par Charles V en 1376 en l’honneur de la Sainte Trinité. 
Dessins La Description des Provinces et Villes de France, Pierre de La Planche,1669
 

On trouve en effet aux origines de l'Île de France l'épicentre du royaume des Francs fondé par Clovis, le « pays de France » délimité ou irrigué par la Seine, l’Oise, la Marne, le Loing, qui semblent l’encadrer et former une île. Le destin de l’Île de France est quoi qu'il en soit lié à celui des capitales franques, Soissons puis Paris, et du royaume dans son ensemble. La région se couvre très tôt d’importants complexes religieux : abbayes de Saint-Denis et de Sainte-Geneviève, monastère de Jouarre...

Délaissée sous le règne des Carolingiens, Charlemagne préférant son fief d’Aix-la-Chapelle à l’ancienne capitale du royaume des Francs, l’Île de France revient au centre du domaine royal sous les Capétiens, à la fin du premier millénaire. C'est aussi l'époque des raids des Vikings le long de la vallée de la Seine. Le traité de Saint-Clair-sur-Epte de 911 qui leur donne la Normandie, trace par la même occasion une première frontière occidentale pour l’Île-de-France qui se matérialise par les fortifications défensives érigées à Étampes, Mantes ou La Roche-Guyon. Au nord, la vallée de la Somme (Corbie, Comté d'Amiens puis Vermandois) rattachée aux XIe et XIIe siècles au domaine royal, assure la défense.

Dès le XIIe siècle, l’Île de France, considérée par les textes comme un territoire spécifique, sous administration directe du roi, connait une véritable révolution quand l’abbé Suger initie à Saint-Denis en 1137, lors de l'agrandissement de l’ancienne basilique mérovingienne, l’architecture gothique ou opus francigenum, c'est-à-dire, littéralement, « mise en œuvre française ». Il est bientôt imité dans toute la région : Chartres, Meaux, Mantes, Poissy... mais aussi Amiens, Arras, Auxerre, Beauvais, Cambrai, Laon, Noyon, Reims, Rouen, Saint-Quentin, Sens, Troyes, ... Ces villes vivent en effet l'avènement des Capétiens et la consolidation de l'État qui, à mesure de l'annexion des fiefs féodaux, impose comme symbole du pouvoir royal le renouvellement des édifices. Lieu de passage et de brassage des idées, l'Île de France et ses environs voient ainsi les premiers maîtres du gothique synthétiser les influences architecturales des régions voisines : arc brisé de l'abbaye de Cluny, arcs-boutants de Cluny et Vézelay, voûte sur croisée d'ogives anglo-normande de l'abbaye de Lessay, ...

Aux premiers siècles du second millénaire, sous les règnes de Philippe-Auguste (1180-1223) et de Saint-Louis (1226-1270), l’Île de France traverse une période prospère. Elle est alors densément peuplée et pratique de riches cultures céréalières, tandis que les coteaux de la Marne et de la Seine sont plantés de vignobles et que les Cisterciens édifient d’importantes abbayes à Royaumont et Maubuisson.

La célèbre Description des Provinces et Villes de France de Pierre de La Planche de 1669 présente dans son Livre I consacré au Gouvernement de l'Île de France, pour la partie nord, les Bailliage de Senlis et Duché de Valois, Bailliages et Comtés du Beauvaisis, Bailliage de Laon, partie du Vermandois, ainsi que les Bailliage et Comté de Soissons (Chapitre VII).

Confusions autour des Vermandois
 
Il peut donc sembler assez insolite de trouver aujourd'hui au cœur de cette terre d'histoire une communauté de communes portant le nom de « Picardie des Châteaux » ... S’agit-il d’une référence à la circonscription administrative du décret du 2 juin 1960, disparue en 2016 (loi du 16 janvier 2015) ? Est-il question de la Picardie d’avant 1789 ? N’y aurait-il pas confusion entre le pays et le comté puis baillage de Vermandois ?

La frontière naturelle que dessine la ligne de partage des eaux Somme - Oise coïncide assez bien avec le découpage des territoires des peuples gaulois. Le pagus Veromanduensis gallo-romain correspond à la haute vallée de la Somme autour de Saint-Quentin, le Saint-Quentinois. Il forme avec le pagus Noviomagensis, ou Noyonnais, la Civitas Viromanduorum. Hérité de la cité, le territoire de l'Evêché de Vermandois atteint l'Oise. Son siège épiscopal est transféré à Noyon au VIe siècle.

Érigé en comté par les Carolingiens (Louis le Débonnaire en 823 ?), les comtes de Vermandois accroissent considérablement par mariage ou héritage les limites de leur fief dans les vallées de la Somme et de l’Oise, autour de Saint-Quentin, Péronne, Chauny, Roye, Montdidier, Crépy-en-Valois jusqu’à former une « principauté de Vermandois, Valois et Montdidier » plutôt hétéroclite avec des poches d’autonomie seigneuriale, à Ham par exemple, des terres abondamment inféodés à l’aristocratie régionale dans la partie nord, à l’inverse le Valois reste un espace directement contrôlé tandis que le comté d’Amiens n’en fait que brièvement partie au cours du XIIe siècle.

En ce même XIIe siècle, Philippe d'Alsace, comte de Flandre, après la mort de sa femme Elisabeth, comtesse de Vermandois, retint, au détriment d'Aliénor, comtesse de Saint-Quentin, sœur cadette d'Elisabeth, le comté d'Amiens, qu'elle lui avait apporté en mariage. Le roi Philippe II parvient à obliger le comte Philippe à faire retour de ces terres à la Couronne. Le surnom d'« Auguste » est donné à Philippe II après qu'il a ajouté au domaine royal en 1185, par le Traité de Boves, les comtés d’Amiens, de Montdidier et des châtellenies du Vermandois (Saint-Quentin, Ham, Péronne).

Création du baillage de Vermandois-Laon

Le comté de Vermandois est alors érigé 
en bailliage, circonscription principalement judiciaire à l’origine, avec son siège à Laon, qui n'est en rien une ville picarde. Au XVIe siècle, la Coutume de Vermandois « comprenait les bailliages et prévôtés de Laon et de Soissons, ainsi que les territoires dépendant des coutumes particulières de Ribemont, Saint-Quentin, Noyon et Coucy ». Quierzy relevait de la coutume du gouvernement, bailliage et prévôté de Chauny.

Lors du Traité d'Arras de 1435, le roi Charles VII cède les places fortes défendant le cours de la Somme aux Bourguignons, qui renoncent en contrepartie à leur alliance avec les Anglais. Ce traité « démembre » le puissant bailliage de Vermandois (déjà séparé du bailliage de Senlis au milieu du XIIIe siècle) : Saint-Quentin, importante ville de ce bailliage se trouvant dans la vallée de la Somme, est cédée aux Bourguignons tandis que « le bailliage de Vermandois, réservé la ville de Saint-Quentin », en d'autres termes, le Soissonnais, le Noyonnais, le Laonnois, Coucy, la Thiérache (Ribemont), ... restent au domaine du roi et à l'Île-de-France. Le grand Vermandois a donc pour l’essentiel son territoire bien en dehors de la vallée de la Somme avec son centre qui s’est déplacé de Saint-Quentin vers Laon.

En 1463, Louis XI rachète ces places fortes et on constitue après 1482 à partir de celle-ci un gouvernement frontière, communément appelé province, auquel on donne le nom de « Picardie ». Aucun territoire n’a porté ce nom auparavant. Ce gouvernement militaire comprendra jusqu’à sept : l'Amiénois, le Boulonnais, le Ponthieu, le Santerre, le Vermandois Saint-Quentin, la Thiérache puis le Pays-Reconquis (Calaisis en 1558). Les cartographes y incluent parfois et donc à tort le Beauvaisis, le Noyonnais et le Laonnois.

En 1641, le royaume de France contrôle de nouveau l'Artois. Après une période militaire de 150 ans, Richelieu confirme le rattachement du Beauvaisis, et du Laonnois puis du Noyonnais au gouvernement de l'Île-de-France tandis qu’on intègre l'Artois au gouvernement frontière dit de Picardie. 


La coutume du bailliage de Vermandois-Laon demeure par endroit en vigueur au sud de l'Oise jusqu'à la Révolution. Un examen historique même rapide de l’évêché de Vermandois, avec son siège à Noyon et du bailliage judiciaire de Vermandois, avec son siège à Laon, ne cependant laisse guère de doute quant à l’artificialité des liens entre le Noyonnais, le Soissonnais, le Laonnois ou même la Thiérache, ... et un hypothétique « Vermandois picard ».



  __________

Les interprétations a posteriori des géographes-historiens

Les géographes-historiens du XVIe siècle, époque à laquelle on ne distinguait pas les deux disciplines, ont tout d'abord bien du mal à situer, et pour cause, le territoire qui donne son nom au nouveau gouvernement militaire constitué autour des « Villes de la Somme » après leur retour à la France.
La victoire de Louis XI est alors d'importance mais on ne trouve la « Picardie » sur aucune carte avant le XVIe siècle. Aucun territoire n'a en effet jamais porté ce nom auparavant, pas même l'Amiénois, qui en serait pourtant le berceau sur le plan linguistique ? souvent mis en avant (qui correspondrait au seul picard du sud, que l'on distingue du picard du nord ou ch'ti de l'Artois-Flandre-Hainaut). Ce nouveau gouvernement frontière ne correspond donc pas à l'aire de diffusion du picard, qui n'est déjà plus parlé depuis plusieurs siècles en de nombreux endroits, sauf à considérer l'anglo-normand, le français ou le champenois comme des variétés de picard ! On n'utilise pas non plus à l'époque le terme « picard » pour désigner le plateau  crayeux  entre Amiens et Beauvais. Il ne faut pas se laisser abuser par les cartes qui sont à cette époque en latin et désignent le royaume de France par le terme Gallia.

Le terme Picardie paraît avoir été moins ancien que celui de Picard. Nicolas, doyen de l'église de Bray, dans son poème des Gestes de Louis VIII, écrit avant 1248, mentionne Philippe de Boulogne « honneur de la Picardie »; Mathieu Paris, qui écrivait vers la même époque, emploie plusieurs fois la désignation de Picardie. D'après Grenier, le premier auteur qui mentionne la région, comme un pays, une province, en citant seulement quelques-unes de ses principales villes est Barthelemi l'Anglais qui composa au XIIIe siècle un traité : De Proprietatibus rerum. Mais nous ne savons rien sur l'extension territoriale de cette région. L'incertitude n'est pas moins grande chez les géographes et les anciens auteurs (André Thévet, de Valois, Ortelius, l'abbé Carlier, dom Grenier) au sujet de l'origine du mot ; la plupart le font venir de pique, arme offensive particulière aux habitants du pays (?). Ce, qui explique que le terme de région n'a été adopté qu'assez tardivement dans la nomenclature géographique et administrative au Moyen âge, c'est qu'il ne s'appliquait pas à une particularité topographique du pays (comme la Champagne), qu'il n'avait aucun sens ethnique ou simplement historique (comme la Normandie, la Bretagne); les désignations particulières et moins compréhensives d'Amiénois, Beauvaisis, Laonnais, Noyonnais, Vermandois, qui étaient beaucoup plus anciennes, rappelaient les antiques populations fixées dans le pays et les premières agglomérations urbaines, furent seules d'un usage courant et prévalurent pendant de longs siècles. Au XIVe siècle seulement, la région apparaît dans la terminologie administrative. En 1350, Charles de Montmorency, chambellan du roi Jean le Bon, est qualifié de « capitaine général pour Sa Majesté sur les frontières de Flandre et de la mer et en toute langue picarde »; Barthélemy du Drach, trésorier des guerres en 1350, porte le titre de «-capitaine pour le roi aux parties de région, de Boulogne et de Calais »; en 1369, Philippe, duc de Bourgogne, frère du roi Charles V, est créé « lieutenant en tous pays de Picardie ». En 1410, nous voyons Valeran de Luxembourg, comte de Liney et de Saint-Pol, seigneur de Fiennes, grand bouteiller de France, mentionné comme « capitaine du roi es-pays de Picardie et West-Flandres ». Au XVe siècle, lorsque la région,
définitivement réunie au domaine royal, devient une circonscription financière; en 1477, Louis XI organise  une recette générale des finances pour la levée de la taille et des aides. Cette circonscription n'était, en fait, qu'une dépendance de la généralité d'Outre-Seine, car les finances de région étaient administrées ordinairement par le général de la circonscription voisine d'Outre-Seine. En ce qui concerne l'impôt de la gabelle, la région était, à la fin du Moyen âge, divisée en cinq ressorts ou greniers : Montdidier, Abbeville, Saint-Quentin, Péronne, Roye.

Un espace avant tout militaire ?

L
es limites du nouveau territoire frontière sont d'autre part elles-mêmes mouvantes. Elles vont s'étendre au cours du XVIe siècle, au gré notamment des opérations militaires qui se poursuivent. Le gouvernement militaire traverse quatre grands territoires plus que millénaires, hérités des peuples gaulois, avec leurs frontières naturelles : territoire des Morins (Thérouanne, Boulogne), des Ambiens (Amiens), des Vermands (St-Quentin) et des Rèmes (Reims), qui ont donné les diocèses et comtés et que l'on fait tout simplement disparaitre des cartes (approximation géographique). On est également sans doute encore dans une logique de conquête/soumission des pays protégés qui relève des mentalités féodales. 

On attribue de surcroit de manière parfaitement anachronique une dénomination administrative et militaire de la fin du XVe siècle à des territoires ayant fait antérieurement partie de comtés plus étendus ou à des comtés associés, approximations historiques qui permettent par exemple d'intégrer le Valois à la « Picardie » parcequ'il se confond un temps avec le Vermandois !

Par extension, depuis cette époque, la zone des combats entre la France et les Pays-Bas espagnols et parfois jusqu'au cours des deux guerres mondiales, est improprement appelée  « Picardie ».

Au nord de Paris c'est la Picardie ... et selon la loi de Brandolini, ou principe d'asymétrie des discours, la quantité d'énergie nécessaire pour réfuter cette fausse information est très supérieure à celle nécessaire pour la produire. Il faudra probablement plusieurs heures pour démonter chaque point et montrer la fausseté de l'ensemble. C'est la technique de propagande qui consiste à diffuser de l'infox en masse, afin d'exploiter la crédulité d'un certain public en faisant appel à son système de pensée rapide, instinctif et émotionnel.


Les termes « Picard » et « Picardie » s'avèrent rarement utilisés à bon escient
 
Anachronique avant le XVIe siècle, aucun territoire ne porte le nom de
« Picardie » antérieurement, élastique et imprécis par la suite, les notions les plus précises sont celles de « ceinture défensive du Calaisis à la Thiérache autour des Flandres et de l'Artois »,  ou Boulonnais, Amiénois, Vermandois et Thiérache.

Car il s'agit bien ici avant tout d'une zone de défense 
tenue par des troupes venues de tous les horizons, instaurée sur quatre anciens territoires, et à l'intérieur leurs pays bien distincts, qui ne constituent à aucun moment, avant ou après le XVIe siècle, un ensemble administratif, culturel ou linguistique cohérent, contrairement à ce qu'on tentera d'imposer par la suite et à nouveau  dans la ciconscription administrative de 1960.
 
Le terme « picard » ne s'applique en toutes hypothèses clairement pas à la vallée de l'Oise et aux territoires plus au sud. On a étendu artificiellement, après 1482 comme après 1960, une appellation ne concernant qu'une fraction à un ensemble : la « Picardie » historique correspondant tout au plus à un département, celui de la Somme de 1790, plus qu'à une région.

Hétérogénéité linguistique et territoriale des « nations » universitaires de Picardie, la Picardie imaginaire, ceux qui parlent d’autres langues sur des territoires hétéroclites

Aucun territoire ne porte le nom de Picardie avant la fin du XVe siècle. Aussi invoque-t-on généralement la « nation » de Picardie de l'Université de la Sorbonne du XIIIe siècle, qui regroupait les étudiants dont les diocèses d’origine étaient Beauvais, Amiens, Noyon, Arras et Thérouanne d'une part, Cambrai, Tournai, Utrecht, Liège et Laon d'autre part (Glossarium mediae et infimae latinitatis, du Cange, 1678).

L’origine des nations reste obscure. Il s’agit probablement au début de simples groupes constitués selon l’origine géographique de leurs membres. La nation de Picardie regroupe les maîtres issus des provinces ecclésiastiques du nord et de l’est de la France ainsi que des Pays-Bas. (sorbonne.fr)

Il s'agit donc ici à nouveau de la Belgique Seconde du Moyen Âge, c’est-dire la province ecclésiastique de Reims.

Le terme nation n’a pas le sens contemporain et désignait dans les universités un groupement de maîtres et d'étudiants selon un découpage géographico-linguistique et non au sens politique aujourd'hui de groupe humain dont les membres sont liés par des affinités tenant à un ensemble d'éléments communs. A l'Université de la Sorbonne, la « nation de Picardie » n'a d'ailleurs été fixée qu'après plusieurs conflits sur la « nationalité » des étudiants ... Cette faculté de l'université de Paris comprenait quatre nations : anglaise (incluant les Allemands), française (incluant Italiens et Espagnols), normande et picarde (incluant Flamands, Français, Picards) (Fédou). Des nations picardes ont également existé dans les universités d'Orléans, Bologne, ...

Cette « nation » recouvrait donc un territoire allant du Beauvaisis jusqu’aux Pays-Bas actuels, où sont parlés le français, le picard et le flamand. Certains y voit cependant la « Picardie » originelle où on ne parlerait que picard, conformément à un priori populaire tenace : au nord de Paris, c'est la « Picardie » !

Ces « nations » picardes universitaires ne correspondent en réalité nullement aux étudiants qui parlaient le picard (le latin restait la langue de l’enseignement), elles se distinguaient au contraire par leur hétérogénéité linguistique. Voilà qui donne à nouveau au terme picard un sens bien différent mais plus conforme à la réalité de la période (latins au sud / barbares au nord), ceux qui parlent d’autres langues et de territoires féodaux hétéroclites

S’il apparait un trait commun ignoré par des générations de régionalistes, c’est l’intégration de longue date de certains de ces territoires au domaine royal, qui atténue l'idée de frontière linguistique et culturelle au nord de l'Île de France entre français et picard sur la limite naturelle de la ligne de partage des eaux Somme-Oise et du plateau crayeux.

Sur le plan territorial, il convient en effet de rappeler que jusqu’au XVe siècle, Cambrai, Utrecht, Liège, étaient situés en terre du Saint-Empire Romain, tandis que la plus grande partie du diocèse de Tournai était, ainsi que les diocèses d'Arras et de Thérouanne, soumise au duc de Bourgogne, également possesseur des comtés de Flandre et d'Artois, de sorte que cette « nation » de Picardie à l'Université de Paris devait alors se composer tout au plus d'étudiants des diocèses d'Amiens, de Beauvais, de Noyon et de Laon. La croyance populaire attribue encore parfois ces pays à la Picardie traditionnelle. A nouveau, les évêchés-comtés-pairies de Beauvais, Noyon et Laon étaient de rattachement ancien (vers 1160) au royaume de France primitif, à l'origine de l'Île de France, où les pouvoirs royal et religieux contribuèrent au développement du français, y compris la « Picardie originelle », le diocèse d'Amiens (c'est-à-dire le département de la Somme), lui-même uni dès 1185 au domaine royal avec ses importantes seigneuries ecclésiastiques de Saint-Riquier en Ponthieu et Corbie en Amiénois.



 
La 
« Picardie » mentionnée dans le nord de l'Amiénois, rive droite de la Somme
Totius Galliae Descriptio, Sebastianus a Regibus Clodiensis incidebat Ligorio, Pirro XVIe s.

 

 
La limite de la 
« Picardie » progresse vers l'est dans le Noyonnais
Galliae descriptio, Petro Plantio, Theodor. Gallaeus, XVIe s.

 
La 
« Picardie » s'étend dans le Soissonnais, le Vermandois a disparu
Gallia per Gerardum Mercatorem (1512-1594)

 
La « vraie Picardie » atteint la Meuse
France Picardie Champaigne per Gerardum Mercatorem (1512-1594)

Des institutions d'avant 1789 et comment s'en affranchir

Un article publié en 1912 dans le Bulletin de la Société Académique de Laon par le Comte Maxime de Sars (1886-1960), qui fut président de cette société académique, illustre bien l’utilisation au profit de thèses régionalistes, des hésitations depuis la période précédente devant la complexité des institutions d'avant 1789 et le recours au mythe  de la province, afin de s'affranchir dans leurs démonstrations hasardeuses de la réalité de ses institutions.

« Les historiens et les géographes modernes placent généralement le Laonnois dans la province d'Île-de-France. Certains, se piquant d'érudition, ajoutent que ce pays se rattachait autrefois à la Picardie, mais que depuis le reçue de Louis XIII, il est bien réellement français. Cette assertion est classique, presque officielle. Elle est cependant inexacte. L'erreur est dans la confusion des mots province et gouvernement. Le gouvernement est la circonscription militaire. La province n'a jamais eu d'existence officielle. Au point de vue administratif, la France se divisait en intendances et en subdélégations ait point de vue financier, en généralités et en élections au point de vue judiciaire, en ressorts de parlement, bailliages présidiaux et secondaires, prévôtés, au point de vue religieux, en provinces ecclésiastiques et diocèses, au point de vue militaire, en gouvernements généraux et particuliers. La province était une division traditionnelle, que le Pouvoir respectait, comme toutes les vieilles coutumes. Ouvrez l'Almanach Royal pour 1789 : vous y verrez que les sept élections de la généralité de Soissons sont notées en Picardie; de même, trois élections de l'intendance de Paris (Beauvais, Compiègne et Senlis). L'erreur vient aussi de ce que le Gouvernement et la province portaient le même nom et voyaient généralement leurs limites se confondre. Il est à remarquer que les cartographes du XVIIIème siècle adoptaient souvent, entre toutes les autres, la division en gouvernements. Mais personne ne s'y trompait. Robert de Hesseln dit très justement que la Picardie est une « province dont la plus grande partie forme un des grands gouvernements généraux militaires du royaume. La Picardie septentrionale est celle qui compose le gouvernement général militaire de Picardie; et la méridionale fait partie du gouvernement général militaire de l'Île-de-France ».


Contexte - Le régionalisme

Plusieurs périodes

Avant même la fin de l’ancien régime, l’absolutisme, qui voit la concentration de tous les pouvoirs entre les mains du roi, fait notamment émerger en réaction une critique par l’aristocratie locale privée de ses prérogatives, en faveur d’un retour aux pouvoirs locaux.

Par la suite, le provincialisme, ancré sur le mythe des provinces d’ancien régime, est une constante du régionalisme. Les monarchistes y sont particulièrement actifs après l’échec des dernières tentatives de rétablissement de la royauté ou de l’empire au niveau national, définitivement acquis aux républicains après leur victoire aux législatives de 1876. Les monarchistes investissent alors le niveau régional dans un objectif de contestation du pouvoir républicain, qui irait de pair avec la centralisation, prolongement de l’héritage révolutionnaire (centralisation des politiques éducatives, routières, ferroviaires, militaires, ...

Le courant républicain serait lui-même traversé par deux tendances plus ou moins imaginaires : les « jacobins » partisans de l’Etat central unifié et les « girondins » favorables à une décentralisation donnant plus de poids aux régions.

Explication de texte

Il s’agit d’une des nombreuses démonstrations hasardeuses, concernant ici le Laonnois. Après avoir indiqué que ce pays était généralement placé dans la province d'Île-de-France, l’auteur relève qu’il se rattachait autrefois à la Picardie, mais qu’il il est bien français depuis Louis XIII.

Toutefois ceci est inexacte car il y a confusion entre la province, qui n'a jamais eu d'existence officielle et gouvernement, qui est une circonscription militaire.

«La province était une division traditionnelle, que le Pouvoir respectait, comme toutes les vieilles coutumes. » l’auteur en veut pour preuve que l'Almanach Royal pour 1789 note « en Picardie » les sept élections de la généralité de Soissons ainsi que les trois élections de l'intendance de Paris de Beauvais, Compiègne et Senlis.

Pour l’auteur, « en Picardie » fait référence à la province, sans l’établir.

Enfin, l’auteur cite le cartographe lorrain Robert de Hesseln, auteur du découpage de la France par quadrillage, qui inspirera les révolutionnaires pour la création des départements et énonce - sur quel fondement ? que la province de Picardie formerait en partie les gouvernements militaires de Picardie et de l'Île-de-France : la Picardie septentrionale composerait le gouvernement militaire de Picardie et la méridionale ferait partie du gouvernement militaire de l’Île-de-France.


 
Le gouvernement général de Picardie de Richelieu (première moitié du XVIIe s.)
s'étend du Calaisis à la Thiérache.
Au sud, le Beauvaisis, le Noyonnais, le Soissonnais, le Laonnois sont de l'Île de France
 

 
Gouvernement Général de
l'Isle de France, 1751

Les pays de l'Île de France (gouvernement général d'avant 1789) : 
Beauvaisis, Noyonnais, Soissonnais, Laonnois, Vexin, Valois, 
Mantois ou Yveline, France, Hurepoix, Brie, Gâtinais.


Gouvernement Général de l'Isle de France divisé par pays de Robert, 1754
 
Carte du Gouvernement Général de l'Isle de France divisé par pays de Robert de Vaugondy, 1754
Carte du gouvernement de l'Île-de-France, Damien de Templeux ? | Carte du gouvernement de l'Île-de-France, Damien de Templeux (15..-1620)

Autour de Paris, le domaine royal à l’origine de l'Île de France, a par le passé compris le comté d’Amiens, etc.

L
es limites des grands gouvernements sont parfois représentées avec des modifications successives au cours des XVIe et XVIIe siècles. S’agissant du nord du royaume, on avance comme explication possible les exigences de la guerre et de la politique, aucun écrit officiel ne vient confirmer ces hypothèses. Le conflit franco-espagnol (guerre de Trente Ans) se poursuit en effet dans le nord de la France avec la reconquête de Corbie, de Bohain-en-Vermandois, la prise de Landrecies, de Maubeuge et de La Capelle en 1636. La Thiérache et le Vermandois sont désormais à l'abri de la cavalerie impériale qui sévissait depuis les collines d'Artois et le comté de Hainaut. En 1638, l'armée française regroupe ses forces à Saint-Quentin. L'objectif est de placer l'Amiénois à couvert après la protection réussie de son flanc oriental en 1637. Le siège d'Arras se déroule en 1640 durant cette campagne.

Le siège d'Arras est évoqué dans la pièce d'Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, 1897, à
l'acte IV :
Hélas !
Rien de plus compliqué que ce siège d’Arras.
Nous assiégeons Arras, nous même, pris au piège,
Le Cardinal infant d’Espagne nous assiège…

En 1641, d'autres places fortes espagnoles ; Aire-sur-la-Lys, Lens, Bapaume et La Bassée tombent aux mains des Français. Fin 1641, le royaume de France contrôle de nouveau l'Artois.

Les limites des grands gouvernements sont alors définitivement fixées par Richelieu : le Beauvaisis, le Soissonnais, le Valois, la partie méridionale du Laonnois, parfois représentés  un temps, en partie du gouvernement militaire dit de Picardie, font définitivement partie du gouvernement de l'Île de France, qui possède pour limites septentrionales la Thiérache (c'est-à-dire la vallée de l'Oise au-delà de Condren), pour limites orientales et méridionales, la Champagne et la Brie, etc.

Le comté ecclésiastique de Noyon est pareillement du gouvernement de l'Île de France tandis que la Thiérache champenoise est rattachée, ainsi que le Vermandois Saint-Quentinois, au gouvernement frontière dit de Picardie.

 
Au nord-est de l'Île de France, deux territoires millénaires se trouvent démembrés :  
 
    - le
Vermandois / Diocèse ecclésiastique de Noyon, qui demeure jusqu'à la révolution, et regroupe le Noyonnais et le Vermandois Saint-Quentinaura une partie en Île de France,  le Noyonnais, et une en dehors : le Vermandois (Saint-Quentin),
    - 
la Thiérache / Diocèse ecclésiastique de Laon, qui demeure jusqu'à la révolution, et regroupe le Laonnois et la Thiérache aura une partie en Île de France, le Laonnois, et une en dehors : la Thiérache.

Le découpage de 1790 du département de l'Aisne réunira en partie
le Noyonnais et le Vermandois ainsi que le Laonnois et la Thiérache champenoise.
 

La partie centrale du gouvernement de « Picardie » correspond au Diocèse d'Amiens (bassin de la Somme inférieure jusqu'à la Canche au nord). On y joint au nord de la Canche, une bande maritime du Diocèse de Thérouanne : Montreuil, Boulogne et Calais reconquis sont sous l'autorité de la province frontière.

Lors du retour à la France, en 1559,
des parties françaises des diocèses de Thérouanne, Arras, Tournai et Cambrai, une province ecclésiastique de Cambrai est créée, par partition de celle de Reims avec les diocèses d'Arras, de Cambrai, de Saint-Omer (partie de l'ancien diocèse de Thérouanne), de Tournai (à cheval sur la France et les Pays-Bas autrichiens, d'Ypres (à cheval sur la France et les Pays-Bas autrichiens). Le diocèse de Boulogne (partie de l'ancien diocèse de Thérouanne), pareillement créé, reste pour sa part à la province ecclésiastique de Reims.


La perception des impôts relève pour sa part des généralités, élections, aides, gabelles et tailles établies au XIVe siècle. Le Laonnois et la Thiérache, de l'ancienne généralité de Champagne, formaient une élection dont le chef-lieu était Laon. Cette généralité a été modifiée en 1595 avec la création de la généralité et du bureau des finances de Soissons, constituée avec :
- les élections de Château-Thierry, Clermont, Crépy-en-Valois et Soissons, démembrées de la généralité de Paris,
- l'élection de Noyon, détachée de la généralité d'Amiens,
- les élections de Laon et Guise, prises à la généralité de Champagne.


En 1635, la généralité est pourvue par Richelieu d'organes administratifs et politiques, par l'intermédiaire de commissaires ou intendants, auxquels il donne un contrôle sur l'administration, la police, les finances et la justice.

La Description des Provinces et Villes de France, Pierre de La Planche, 1669

Rédigé pendant le règne de Louis XIV, "L'Armorial de La Planche" regroupe un précieux inventaire des principaux pays et villes du royaume de France avec des descriptions très précises (géographie, fortifications, églises et établissements religieux, productions locales, etc.), classées selon les circonscriptions administratives de l'époque (Gouvernements, Prévôtés, Bailliages, Sénéchaussées, ...).

Le premier volume commence par un Livre I consacré au Gouvernement de l'Île de France, divisé en sept chapitres :

I - Prévôté et Vicomté de Paris
II - Bailliage de Melun
III - Bailliages de Mantes et de Montfort l'Amaury
IV - Bailliage de Senlis et Duché de Valois
V - Bailliages et Comtés du Beauvaisis
VI - Bailliage de Laon, Ière partie du Vermandois
VII - Bailliage et Comté de Soissons

Le Livre II décrit le Gouvernement de Picardie :

« Le pays de Picardie est un nom général, on ne trouve point dans l'Histoire aucun Seigneur qui en ait porté le titre ».

Il se compose des « comtés de Vermandois, d'Artois, de Boulogne, de Ponthieu et de Thiérache ; le vulgaire y met aussi les villes de Laon, Soissons, Senlis, Noyon, Beauvais, et Compiègne, à cause du langage des habitants qui en approche, comme faisant aussi partie de la Gaule Belgique, mais étant du Gouvernement de l'Île de France. » 
 


 
Source : Bibliothèque du Musée Condé Château de Chantilly
Extraits sur Herald Dick Magazine
Chapitres VI & VII

La remarque de de La Planche : « langage des habitants qui en approche », pour les villes de Laon, Soissons, Senlis, Noyon, Beauvais, et Compiègne, est rarement relevée. Un mot de picard, un accent suffit généralement à faire basculer un pays entier d’une « province » à l’autre.

Intéressante également la référence à la Gaule Belgique, dont faisant partie ces villes, province de la Gaulle romaine, qui persistait dans la province ecclésiastique de Reims et s’étendait de Tournai en Belgique à Châlons-sur-Marne, avec Reims pour capitale …

 
Le Règlement du 24 janvier 1789 pour la convocation des Etats généraux de 1789 fixe les noms des bailliages principaux de la Généralité de Soissons, nombre de députés à élire et bailliages secondaires comme suit :
  • Bailliage de Château-Thierry, 4 députés (1 clergé, 1 noblesse, 2 tiers-état),
  • Bailliage de Clermont en Beauvoisis, 4 députés (1 clergé, 1 noblesse, 2 tiers-état),
  • Bailliage de Crépy-en-Valois, 4 députés (1 clergé, 1 noblesse, 2 tiers-état),
  • Bailliage de Soissons, 4 députés (1 clergé, 1 noblesse, 2 tiers-état),
  • Bailliage de Villers-Cotterêts, 4 députés (1 clergé, 1 noblesse, 2 tiers-état),
  • Bailliage du Vermandois à Laon (bailliages secondaires : Chauny, Coucy, Guise, La Fère, Marle, Noyon), 12 députés, (3 clergé, 3 noblesse, 6 tiers-état).
La mise en œuvre des convocations et le processus de désignation des députés donneront lieu à un contentieux abondant du fait notamment de ses circonscriptions (bailliages et sénéchaussées) historiquement mal définies ...

Carte jointe à la convocation adressée aux délégués des trois ordres le 24 janvier 1789 >>

 
__________

Le gouvernement frontière dit de Picardie, constitué de toutes pièces à la fin du XVe siècle, et ainsi nommé en retour du soutien des milices des « Villes de la Somme » au pouvoir royal, n'existe donc que durant trois siècles jusqu'à la révolution. C‘est sous Louis XI, en 1477 et 1482, que différents territoires hétéroclites sont rattachés définitivement au royaume. Ils regroupent des pays (Vermandois Saint-Quentin, Thiérache champenoise, mais aussi vers le nord Montreuil, Boulogne et Calais reconquis) bien au-delà de la Cité des Ambiens de la basse vallée de la Somme (Ponthieu, Vimeux, Amiénois, Santerre), dont la limite sud est naturellement fixée par la ligne de partage des eaux de la Somme et de l'Oise. Au nord de Quierzy, cette ligne de partage des eaux Oise-Somme constitue la frontière septentrionale naturelle du Noyonnais avec le Santerre et le Vermandois, rattachés au Gouvernement militaire dit de Picardie au XVe siècle.



La limite septentrionale de l'Île de France historique se trouve sur la frontière naturelle constituée par la ligne de partage des eaux de l'Oise et de la Somme.


 
La « Picardie » dans ses limtes départementales,
la Somme
 
Les cartographes du XVIIe siècle représentent parfois le Vermandois et une partie du Soissonnais compris dans le gouvernement frontière issu des territoires reconquis entre 1477 et 1482, on parlerait au XXe siècle de « Zone des Armées ». À cette époque, le nord du royaume pâtit de la rivalité entre les rois de France et d’Espagne, qui menacent Paris depuis leurs possessions des Pays-Bas et les cités riveraines de l'Oise arrêtent alors nombre d'invasions en cette période de guerres incessantes : Guise, La Fère, Chauny, pratiquement ruiné en 1472, Noyon en 1552 notamment ... Champ de bataille et territoire de défense sans doute, « Villes de la Somme » certainement pas.
 
Autre souvenir de cette époque funeste ? le village d'Oussencourt, qui touche Quierzy, prendra bien plus tard le nom de Bourguignon-sous-Coucy ou Henri IV, qui fait construire une citadelle à Laon en 1595.

 
La vallée de l'Oise ne fait pour autant clairement partie ni des Villes de la Somme, ni des territoires reconquis entre 1477 et 1482, ni de la « Picardie » géographique du bassin hydrographique de la Somme inférieure (Ponthieu, Vimeux, Amiénois, Santerre) au sens très large (soit presque tout le département de la Somme) et plus probablement dans l'Amiénois au sens strict.

Au plan géologique, et tout en découle, la vallée de l'Oise, mais aussi le Noyonnais, le Soissonnais, … parties du Bassin Parisien calcaire, se distingue également du plateau crayeux d’Amiens. Il en résulte qu'au plan historique, linguistique ou architectural, Soissonnais, Noyonnais et Laonnois se rattachent à l'Île de France, quand bien même on y entendrait un picard du sud véhiculaire et non vernaculaire. 
 
Quierzy, un village picard ?

Le Pagus Suessionicus gallo-romain fait très tôt partie du domaine royal franc, à l’origine de l'Île de France capétienne. La frontière naturelle avec le Santerre, pays intégré au gouvernement de « Picardie » d'apparition bien plus tardive, correspond aux confins nord du Noyonnais, c'est-à-dire la ligne de partage des eaux Oise-Somme, et grosso modo la limite entre les actuels départements de l’Oise et de la Somme,
qui se trouve à plus de 18 km (4 lieues) au nord de Quierzy.

Ignorant ces certitudes, de nombreuses « études de linguistique » et leurs cartes « témoignent d’un impérialisme désarmant lorsqu’elles nous offrent l’image d’une « grande » Picardie étendue de Pontoise à Charleroi » (Jean Ganiage, Le Beauvaisis au XVIIIe siècle - La campagne, 1988 à propos de Raymond Dubois, Le Domaine Picard - Délimitation et carte systématique, Arras, 1957). On présente ainsi une « grande Picardie » s'étirant vers le sud sur une ligne
Serre-Oise-Thérain, voire la vallée de l'Oise et la ligne de partage des eaux Oise-Seine ! Ce qui ne correspond à aucun territoire historique. (carte)  L'absence de cohérence avec la Wallonie francophone de l'autre côté de la frontière belge, interpelle également.

Cette hypothétique pénétration linguistique semble assez singulière, pour une région aussi voisine du cœur même de la France, qui par la vallée de l'Oise est en communication directe avec Paris,.

Qu'on étudie la langue parlée ou la toponymie, la vallée de l'Oise constituerait plus une « zone de transition entre la « vraye Picardie » de l’Amiénois ou du Santerre et les régions plus méridionales où l’on parlait sans nul doute le français mais avec un accent qui n’était certes pas celui des Pays de la Loire ». Jean Ganiage se garde trancher « d’autant que la contre-épreuve n’a pas été tentée, à partir de la langue française. »

L'influence du picard est donc possible concernant l'évolution du nom de notre village-capitale : Carisiacum a donné Kierzy puis Quierzy et non Cherizy, mais le gentilé est justement Cheriziennes, Cheriziens. On trouve également l'exemple inverse, Cherisy près d'Arras, dans le Pas-de-Calais. On serait donc bien plus dans la vallée de l’Oise sur une « zone de transition » entre Picard au nord et Français de l'Île-de-France au sud, mais aussi Champenois à l'est (de l’Ailette ?), où le parler rencontré ici serait plus une langue véhiculaire facilitant les échanges entre des populations parlant des langues différentes ?

Ici, les échanges et l’intercompréhension favorisent en effet les emprunts entre ces différentes langues d’oïl, qui seraient principalement issues du latin populaire importé par les romains et adopté en Gaule, qui subit
à partir du Ve siècle l'influence des dialectes germaniques des Francs, dont le Flamand. On observe ainsi au nord des vallées de la Somme, de l'Oise et de la Meuse une évolution progressive du langage influencée au nord par le Flamand, vers les français au sud.

Coquebert de Montbret, dans son Essai d'un travail sur la géographie de la langue française, en 1815, à la suite de
l'enquête linguistique menée à l'occasion du recensement de la population de 1806, mentionne cette influence du Picard sur le Français de l'Île-de-France, qui contribue au caractère particulièrement élastique de ces frontières linguistiques :


 
De fait, dans l'ancienne ciconscription administrative Aisne-Oise-Somme, les départements de l'Aisne et de l'Oise, loin d'être majoritairement picards, sont par endroit des espaces de transition entre Francilien ou Français du centre, Picard et Champenois. L'influence du Picard sur le Français usité à Paris n'étend cependant pas pour autant l'aire linguistique du Picard jusqu'à la capitale autour de laquelle se trouvent les terres du domaine royal, l'Île-de-France, où le pouvoir royal a favorisé l'apparition du Français. 

Française de longue date, la région au nord de Paris conserverait un parler particulier, un esprit et un caractère de ses populations, une physionomie originale dont tous les traits, biens qu'atténués aujourd'hui, ne sont pas complètement effacés. Cette persistance semble assez singulière, pour une province aussi voisine du cœur même de la France et qui par la vallée de l'Oise est en communication directe avec Paris.


L'aire linguistique du Picard, comme celle du Francien, a de toutes façons plus à voir avec les frontières naturelles et territoires de la période sur laquelle ces langues se développent qu’avec les découpages administratifs artificiels des époques moderne et contemporaine, avec lesquels on cherche à les faire coïncider artificiellement. 

Quierzy est un village des vallées de l’Oise et de l’Ailette, qui rejoint l’Oise sur le territoire actuel de la commune. 
Si on fait abstraction des découpages administratifs modernes (gouvernement militaire du XVIe siècle ou ciconscription administrative du XXe siècle), la vallée de l’Oise, et plus précisément son bassin hydrographique, correspond autour de Quierzy, à plusieurs régions naturelles que sont le Soissonnais, le Noyonnais, le Laonnois et la Thiérache tandis qu’au nord, les régions naturelles de la vallée de la Somme les plus voisines sont le Santerre et le Vermandois. Ce dernier occupant au plan hydrographique le quart ouest du tiers nord du département de l’Aisne, disons un dixième du département.

Une autre caractéristique naturelle du village est son terrain tertiaire (sables, calcaires et argiles), prolongement septentrional du Bassin Parisien, sur lequel Quierzy occupe une position assez exactement centrale entre La Fère et Compiègne. Entre La Fère et Noyon, la fertilité du sol due aux crues de l'Oise lui donne le nom de Vallée d'Or. On n'est donc pas non plus ici en bordure du plateau picard, qui se distingue par un sous-sol de limons sableux du Quaternaire, le Noyonnais nous en sépare.

Dans la vallée de l’Oise, Noyonnais, Soissonnais et Laonnois partagent le même sous-sol (sables, calcaires et argiles) et sont séparés par le cours de l’Oise et de l’Ailette : Noyonnais au nord de l’Oise, Soissonnais au sud et Laonnois entre Ailette et Oise. En amont, la Thiérache se distingue par son sous-sol crayeux et occupe un gros tiers nord-est du département sur les bassins de l’Oise, de la Serre et de l’Aisne.

Limites du bassin hydrographique de l'Oise avec ses sous-bassins
dans les départements de l'Aisne et de l'Oise

http://www.eau-seine-normandie.fr/ - Note de présentation des enjeux du territoire des Vallées d’Oise 
Géologie du bassin hydrographique de l'Oise
dans les départements de l'Aisne et de l'Oise

http://www.eau-seine-normandie.fr/ - Note de présentation des enjeux du territoire des Vallées d’Oise 

On est donc frappé par la coïncidence entre les territoires hydrographiques, géologiques et historiques (pagi gallo-romains qui donneront le terme pays). L'Oise et l'Ailette,
ou leurs bassins versants, forment en effet très tôt des frontières naturelles entre les territoires des peuples gaulois : Viromanduens au nord de l'Oise, Viromanduens  puis Rèmes à l'est de l'Ailette et Suessions au sud de ces deux rivières.

Les territoires des peuples de la Gaule
se trouvent pour la plupart déterminés par des limites naturelles, telles que les cours d'eau et leur bassin versant, les forêts ou les reliefs. Ces espaces eux-mêmes reposent principalement sur les distinctions naturelles du sol, sur leur configuration géologique ou géographique. Ces découpages assez proches des régions naturelles, survivront autour de Quierzy comme ailleurs jusqu'à la révolution à travers les territoires administratifs qui se succèdent depuis l'époque gallo-romaine : Civitas Suessionum (capitale Soissons) et Pagus Suessionicus autour de Soissons, puis Diocèse de Soissons, Civitas Viromanduorum (capitale Saint-Quentin) et Pagus Noviomagensis autour de Noyon, puis Diocèse de Noyon, Civitas Remorum des Rèmes (capitale Reims) et Pagus Laudunensis autour de Laon, puis Diocèse de Laon.

« Il est digne de remarquer que les vieux états gaulois ont conservé jusqu'à une époque très voisine de nous, leur nom, leurs limites et une sorte d'existence morale dans les souvenirs et les affections des hommes. Ni les Romains, ni les Germains, ni la féodalité, ni la monarchie n'ont détruit ces unités vivaces ; on les retrouve encore dans les provinces et les pays de la France actuelle. » Fustel de Coulanges, Histoire des institutions politiques de l'ancienne France, Paris, Hachette, 1875, Première partie, p.7

Les frontières du Royaume des Francs au nord de Quierzy


 
  A l'avènement de Clovis, en 481, la frontière sud du Royaume des Francs avec celui de Syagrius s'établit au nord des bassins versants de la Somme, de l'Oise et de la Meuse. Les diocèses d'Amiens, Noyon, Laon et Reims constituent alors la frontière nord du dernier empire romain en Gaule, le royaume de Soissons ou royaume de Syagrius.

Clovis s'empare en 486 du Royaume de Syagrius et transfert la capitale franque de Tournai à Soissons.

En 511, le partage
du royaume de Clovis attribue au Royaume de Soissons la vallée de l'Oise en amont de Compiègne mais aussi la haute vallée de la Somme, soit les diocèses de Noyon, Soissons, Laon, Arras, Cambrai, Tournai, Thérouanne.

Amiens, Beauvais, Senlis, Meaux, ... vont au Royaume de Paris. Reims, Châlons, ... au Royaume de Metz. 


Très tôt, le Pagus Noviomagensis et la Civitas Viromanduorum revêtent une importance particulière. Saint-Médard installe son évêché à Noyon vers 531

Diocèse de Noyon, primitivement de Vermand / Saint-Quentin, transféré en 531 à Noyon, neuf doyennés :
Noyon, Chauny, Vendeuil, Saint-Quentin, Péronne, Athies, Curchy, Nesle, Ham.
Topographie Ecclésiastique de la France, Jules Desnoyers, 1854

Situé entre le Soissonnais, au sud, le Santerre, le Vermandois et la Thiérache, au nord, 
le Pagus Noviomagensis est délimité naturellement au nord par le bassin hydrographique ou bassin versant de la rive droite de l'Oise (limite nord qui coïncide approximativement dans le département de l'Oise avec la limite du département de la Somme) entre les bassins versants du Rieu en amont et de l'Aronde en aval.

La limite sud du Pagus Noviomagensis est donnée par la rivière Oise elle-même toujours entre les bassins hydrographiques du Rieu et de l'Aronde.

Le bassin hydrographique
du Rieu, à l'est, marque la limite avec la Thiérache. De ce côtéle Noyonnais s'étend au-delà de Chauny jusqu'à Condren inclus.

Le bassin versant de l'Aronde, à l'Ouest, constitue la séparation avec le Beauvaisis. Ici, le Noyonnais s'étend ainsi le long de l'Oise au-delà de Compiègne jusqu'à Jaux (presqu'en face de la limite du Soissonnais), soit sur une cinquantaine de kilomètres du cours de l'Oise.

Les limites précises du Noyonnai
s apparaissent donc sur les lignes de crête ou de partage des eaux Oise-Somme et bassins élémentaires des afluents de la rive droite de l'Oise entre Jaux et Condren : Rieu (Canal de St-Quentin), Verse, Divette, Matz, Aronde.  Ces limites sont confirmées par la géologie.

La carte de Cassini
 présente assez clairement ces sous-bassins, qui délimitaient le territoire vers Fargniers, Quessy, Liez, Rumigny, Flavy-le-Martel, Détroit, Cugny, Gollancourt, Berlancourt au nord de Guiscard, Feniches, Le Frétoy, Catigny, Candor, Canni s/Matz, Conchy, Boulogne, Mortemer, Méry, Montigny, Moyenneville (bassin de l'Aronde).  

Entre l'Oise et l'extrémité de ces sous-bassins du Noyonnais, la distance maximum est de 25 kilomètres pour l'Aronde.

Le Noyonnais s'étend ainsi sur
un espace de 50 km par 25 au maximum.
Quant à la géologie, qui façonne les ressources naturelles de la surface (flore, faune, agriculture sont dépendantes du sous-sol), mais aussi les matériaux de construction disponibles, elle présente autour de Noyon un sous-sol principalement calcaire de l'Éocène (e1,e2 : 56,0 à 33,9 millions d’années) identique à celui du Soissonnais, sur une aire assez proche du Pagus Noviomagensis et dépassant légèrement le bassin hydrographique de l'Oise pour atteindre notamment la Somme elle-même autour de Ham ... Au-delà, le plateau picard se distingue par un sous-sol de limons sableux du Quaternaire (2,6 millions d’années).

On note également vers 1160, l'Evêché de Noyon érigé en comté-pairie. Celui de Beauvais est pareillement fait
évêché-comté et celui de Laon évêché-duché. Jusqu'à la révolution, ces évêques, vassaux directs de la couronne de France, ont le titre de pair de France. Ils sont électeurs à la royauté à l'époque où la primogéniture n'est pas encore la règle et sont associés à la cérémonie du sacre. Les terres de ces pairies attachées au domaine royal sont intransmissibles.

Dans le même temps,
le Soissonnais est convoité par de puissantes maisons : Coucy, Valois, Vermandois, ...


 
Le Quartier de Noyon, 1754

Le Noyonnais, région naturelle et Evêché-Comté-Pairie du Royaume constitue le confins de l'Île de France historique au nord de Quierzy.

L'actuelle communauté de communes du Pays Noyonnais ("coeur de la Picardie" administrative de 1960 !) ne correspond ainsi qu'à la partie centrale du Noyonnais naturel et historique.

En deçà de ces frontières naturelles, historiques, géologique, ... on avance parfois que la zone d'intérêts économiques des corporations marchandes de Paris fixe des contours différents ...




 

Le Noyonnais hydrographique :
du sous bassin de l'Aronde à celui du Rieu
 

 
Le Noyonnais et le Laonnois géologiques,
pro
longements du Bassin Parisien et du Soissonnais au nord de l'Oise et de l'Ailette
 
Un territoire entre deux bassins hydrographiques

L’ensemble Aisne-Oise-Somme de 1960 est à cheval sur deux bassins hydrographiques.

Au sud, le bassin Seine-Normandie est constitué en majeure partie par le bassin versant de l’Oise mais également par ceux de la Bresle, de la Marne et de l’Ourcq. Il englobe le département de l’Oise à l’exception d’une petite bande au à l’extrême nord, de la vallée de la Bresle à l’ouest ainsi que du nord-ouest du département de l’Aisne.

Au nord, le bassin Artois-Somme est composé principalement du bassin versant de la Somme, situé principalement dans le département du même nom et au nord-ouest du département de l’Aisne, ainsi que des bassins de la Sambre et de l’Authie.

Une grande diversité géologique, du Primaire au Quaternaire, constituée de deux grandes entités

Prolongement septentrional du Bassin Parisien, dont les bombements de l’Artois, en limite nord, déterminent la frontière avec le Bassin de Flandre, l’ensemble Aisne-Oise-Somme présente une importante diversité géologique, du Primaire au Quaternaire, constituée de deux grandes entités :
 
- l’auréole du Crétacé supérieur crayeux au nord et à l’ouest,
 
- les terrains tertiaires (sables, calcaires et argiles) au sud‐est.

 




 
Le bassin de la Seine
 
Sous-sol et eaux souterraines autour du 
Soissonnais

Dix siècles séparent l'apparition du royaume franc au Ve siècle de la constitution du gouvernement militaire dit des Villes de la Somme à la fin du XVe

Le gouvernement militaire dit de 
« Picardie », qu'on qualifie par abus de langage de « province », est constitué de toutes pièces beaucoup plus tardivement, à la fin du XVe siècle, après le retour des « Villes de la Somme », entre autres, au Royaume de France (après la mort à la bataille de Nancy de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne en 1477 et le Traité d'Arras de 1482). Les « Villes de la Somme » désignent alors une « marche », c'est-à-dire une zone frontalière de défense entre les Pays-Bas bourguignons, au nord, et le Royaume de France, au sud.



France Provinces en 1789, Carte P. Vidal de La Blache, Librairie Armand Colin, 1942

 
France par provinces et pays, J. Forest, 1948
 
Cartes scolaires du
XXe siècle présentant le gouvernement militaire dit de Picardie du XVIe sous le vocable « Picardie »

Cette zone centrale se trouve délimitée naturellement par le bassin hydrographique de la Somme inférieure et ses pays issus de l’héritage gallo-romain : Ponthieu, Vimeux, Amiénois, Santerre, soit pratiquement l’actuel département de la Somme.

On ajoute à ces pays, pour constituer le nouveau gouvernement militaire :
- au nord : le Boulonnais et plus tard les Pays reconquis (Calaisis),
- à l'ouest : le Vermandois (Saint-Quentin), c'est-à-dire la vallée de la haute Somme, mais aussi la Thiérache (Vervins, Guise) en partie, c'est-à-dire la haute vallée de l'Oise française, qui constituent le nord de l’actuel département de l'Aisne.

On présente parfois regroupés,
après 1659, les gouvernements militaires d'Artois et de Picardie formant un gouvernement militaire dit de Picardie et d'Artois. Cet ensemble est parfois désigné gouvernement de Picardie pour faire plus court, d'autant qu'il regroupe picards du sud et picards du nord au plan linguistique ...

Les
« Villes de la Somme » du sud-est de cette zone sont Montdidier, Roye, Ham et Saint-Quentin, par ailleurs situées à la lisière du « plateau picard » géologique.




Le bassin de la Somme
:
 Ponthieu,
Vimeux, Amiénois, Santerre et Vermandois,
portion centrale centrale du 
gouvernement militaire dit de Picardie du XVe siècle.

Gouvernement Général de Picardie et d'Artois, 1753

Au sud de ce territoire militaire de 220 kilomètres d'est en ouest, se trouve le coeur histoirique du Royaume de France avec ses « pays », également issus de l’héritage gallo-romain, attachés très tôt au pouvoir royal franc et à l'origine de l’Île de France : Beauvaisis (partie sud du « plateau picard » géologique), Noyonnais, dont les frontières naturelles septentrionales coïncident, comme celles de la Thiérache, avec les limites nord-ouest du bassin hydrographique de l’Oise et de la Seine, clairement délimitées par la ligne de partage des eaux de la Somme au nord, de l'Oise et de la Seine au sud, limite qui correspond également au nord du Soissonnais avec l'extrémité du « plateau picard » géologique.  

On a dit que la géologie façonne les ressources naturelles de la surface et que de fait, le plateau picard se distingue par un sous-sol de limons sableux spécifique qui donnerait son origine au mot picard « piocheur, laboureur ». Le terme désigne également les populations originaires de la région « voisine de la Flandre ».

Les Villes de la Somme perdent par la suite leur rôle stratégique lorsque l'Artois revient à la France par la Paix des Pyrénées de 1659 et un nouvel ensemble « Gouvernement de Picardie et d'Artois » intègre l’organisation administrative du royaume en donnant son nom à différentes circonscriptions territoriales de la fin de l'ancien régime : gouvernement, généralité, … pouvant recouvrir une étendue géographique variable.

Les cartes et documents contemporains relatifs au Gouvernement Général de l'Isle de France présentent à partir du XVIe siècle la Thiérache rattachée au Gouvernement de Picardie et d'Artois et le Quartier de Noyon, le Beauvaisis et le Soissonnais,
à l'Île-de-France

La limite sud du 
Santerre, de l'Amiénois, ... d'avant 1789 se trouve donc au plus proche de Quierzy sur la frontière nord du Noyonnais, à une vingtaine de kilomètres de Quierzy et du Soissonnais. Ham, la plus proche des « Villes de la Somme » se trouve à 25 km au nord de Quierzy et du Soissonnais.

C'est donc à tort 
que l’on retient parfois la rivière Oise elle-même comme frontière entre l’Île de France et le Santerre ou l'Amiénois au lieu de son bassin versant, que l'on parle de circonscriptions administratives de l'ancien régime ou de région naturelle. Il n'y a une nouvelle fois qu'à utiliser la dénomination initiale de « Villes de la Somme » pour s'en convaincre.

L'appellation « Picardie » pour désigner des territoires de la vallée de l'Oise, y compris au sud de la rivière, est cependant déjà parfois observée avant 1960.

Les prétentions du Vermandois dans le Noyonnais et le Soissonnais reprises par la « Picardie »

De telles hésitations trouvent sans doute pour partie leur origine profonde dans le particularisme du Noyonnais
, pays évêché dès le VIe siècle, situé dans la vallée de l'Oise, partie de la Cité des Vermands, dont les frontières naturelles sont celle de la haute vallée de la Somme. Cette cité s'étendait à l'époque gauloise au nord de la rivière Oise jusqu'à celle des Bellovaques, qui a donné le Beauvaisis, dont la frontière naturelle est constituée par le bassin de l'Aronde. Au moment du rattachement du Vermandois au gouvernement de Picardie à la fin du XVe siècle, les empiètements du Vermandois dans la vallée de l'Oise avaient été nombreux dans le passé et certains les revendiquèrent de nouveau pour la « Picardie ».

Confusion linguistique

Le français est une langue d’oïl comme le picard. Toutes deux seraient issues du latin populaire importé par les romains et rapidement adopté en Gaule. Ce bas latin subit à partir du Ve siècle l'influence des dialectes germaniques des francs, dont fait partie le flamand (toujours parlé dans le nord des Flandres françaises). On observe ainsi au nord des vallées de la Somme, de l'Oise et de la Meuse une évolution progressive du langage (prononciation et synthaxe), influencée au nord par le flamand, vers les français au sud, dont le wallon en Belgique). A l'avènement de Clovis, en 481, la frontière sud du Royaume des Francs avec celui de Syagrius s'établit au nord des bassins versants de la Somme, de l'Oise et de la Meuse. Dans les conditions féodales, les divergences entre les parlers locaux se développent puis le « français de l'Île-de-France », ou francien, selon le mot créé au XIXe siècle, donne le français par emprunts aux autres langues d'oil limitrophes : bourguignon, champenois, normand, picard, qu'on appelle par encore ainsi ...  Le phénomène s'accentue à compter du XIIe ou XIIIe siècle, avec l’intensification des échanges entre les différents terroirs de langue d’oïl et favorise l’intercompréhension ainsi qu'une relative unité de la langue tandis qu'en 1539, par l’ordonnance de Villers-Cotterêts, le français, langue maternelle des capétiens, devient la langue juridique et administrative en France.

L'aire linguistique du francien comme du picard ont donc plus à voir avec les territoires de la période sur laquelle ces langues se développent, grosso modo du Ve au Xe siècle, haut Moyen Âge et Moyen Âge central, qu’avec les découpages administratifs des époques moderne et contemporaine ! Or, c’est généralement avec ces dernières qu’on cherche à faire coïncider langues mais aussi cultures. D’où la remise en cause déjà ancienne de la notion de « province historique de l’ancien régime », parfaitement illustrée par le caractère artificiel et hétéroclite du gouvernement général de « Picardie » de la fin du XVe siècle. Même artificialité et hétérogénéité dans les découpages « rationnels » des départements en 1790 ou dans le regroupement administratif Aisne-Oise-Somme des années 1960 : les départements de l’Aisne et de l’Oise sont en réalité très largement non « picards ».
 
Entre le Ve et le XIIIe, le découpage des territoires reste proche des frontières naturelles des cités gauloises devenues, diocèses ecclésiastiques et civils puis comtés regroupés en royaumes. Au début de la période, à l'avènement de Clovis en 481, le royaume des Francs atteint le nord des bassins de la Somme, de l'Oise et la Meuse et comprend donc les cités de Thérouanne et Boulogne, Tournai, Arras, Cambrai tandis qu’Amiens, Vermand, Reims et plus au sud Beauvais, Soissons, …  sont des cités du « Royaume de Syagrius », dernier domaine gallo-romain dans lequel les Francs sont également déjà présents, dont nombre de supplétifs affectés à la défense de la frontière. On a donc une première période, qui va de l’arrivée des Francs au nord du « Royaume de Syagrius » à la bataille de Soissons, et un premier territoire : le Royaume des Francs d’avant 486. Ce royaume s’étend au sud pratiquement aux limites méridionales des départements Nord-Pas-de-Calais de 1790 et exclut donc totalement les trois départements Aisne, Oise et Somme. On distingue aujourd’hui dans ce premier ensemble Nord-Pas-de-Calais un picard du nord, ou chtimi, autrefois largement répandu. 

En 486, Clovis prend les villes de Soissons, Senlis, Beauvais, Paris et contrôle tout le nord de la Gaule. Dans les trois anciens diocèses frontaliers d’Amiens, Vermand et Reims, on distingue aujourd’hui un picard du sud, ou picard tout court, principalement répandu dans le bassin de la Somme (Diocèse d’Amiens en entier et de Vermand en partie), concurrencé par le cauchois et le francien parlés au sud. Dans les diocèses de Vermand et de Reims, le picard est concurrencé dans la vallée de l’Oise par le francien et le champenois. Le Diocèse de Vermand, parfois intégralement revendiqué comme de langue picarde, connait plus précisément deux espaces naturels et linguistiques certes inégaux : le bassin de la Somme picard au nord, plus étendu, et le bassin de l’Oise franciens ou « bilingue » au sud, correspondant au Noyonnais, qui serait un territoire intermédiaire. Dans le Diocèse de Reims de parler champenois, à l’inverse, le bassin de l’Oise réduit l’aire du picard à un espace très restreint au nord. Avec celle de la Meuse, la vallée de l’Oise permet pour mémoire, les échanges avec le wallon …
 

 
Le bassin hydrographique Artois-Picardie,
frontière naturelle sud de l'aire du picard
 
Plus au sud, les diocèses de Beauvais, Senlis et Soissons sont entièrement de parler francien. Ainsi, si le français parlé au nord de l'Île-de-France avec plus ou moins d’accent et plus ou moins de vocabulaire empruntés aux territoires voisins, peut parfois laisser penser qu’on aurait affaire à du picard, ce n'est donc pas souvent le cas. Il peut résulter de ce manque de nuance qu’on pousse parfois l'aire du picard (langue et culture) bien au-delà de ses frontières réelles 
(v. https://languepicarde.fr).

On est en réalité assez nettement autour de
l'ancienne frontière septentrionale du royaume romain de Soissons : au nord, dans les actuels départements du Nord et du Pas-de-Calais dans l'aire du picard du nord ou ch'ti et au sud dans les département de la Somme dans l'aire d'un picard du sud vernaculaire, communément parlé dans l'Amiénois, concurencé de longue date en dehors par l'anglo-normand à l'ouest (Ponthieu, Vimeux), le champenois à l'est (Aisne) et le français au sud (Oise), où on touve un picard du sud véhiculaire, permettant la communication entre des populations de langues différentes mais très proches en l'espèce.


 
La « Picardie » dans ses limtes départementales
  Le regroupement administratif Aisne-Oise-Somme des années 1960

La dénomination « Picardie », dont une des nombreuses acceptions correspond à la vallée de la Somme, et donc plus à un département, celui de la Somme, maladroitement attribuée à une ciconscription administrative en 1960, fut au demeurant vivement décriée à l’époque en particulier dans les départements de l'Oise et de l'Aisne, où on a un moment cherché à imposer une identité artificielle dans laquelle les habitants de la nouvelle ciconscription administrative devaient se reconnaître des caractères communs, différents des régions voisines, dont l’Île-de-France ...

La réforme de 2016, outre qu'elle a heureusement libéré des territoires d'une appellation qui ne les concernait pas, permet sans doute également, dans un territoire plus vaste, de remettre au goût du jour les anciens pays, leurs frontières naturelles et leurs véritables spécificités architecturales, culturelles, linguistiques, ... 
 
_____

Notes et sources :

Aspects de l'Histoire de la civitas suessionum et du diocèse de Soissons aux époques romaine et mérovingienne, Reinhold Kaiser, Cahiers archéologiques de Picardie, Année 1974, Volume 1, Numéro 1, pp. 115-122. Reinhold Kaiser est l'auteur d'études concernant la région de Soissons publiées, avec plans et cartes, sous le titre de Untersuchungen zur Geschichte der Civitas und Diozese Soissons in romischer und merowingischer Zeit dans la série du Rhemisches Archiv N° 89 (1973), par l'Institut d’histoire régionale de l'Université de Bonn.

État ecclesiastique et civil du diocese de Soissons, Pierre Houiller, 1783

Dictionnaire Topographique du Département de l'Aisne, Auguste Matton (1871)

Le Concile de Noyon de 814 cède quelques paroisses de la rive gauche de l'Oise à l'évêque de Noyon : Varesnes, Pontoise, Ourscamp, Carlepont, Tracy (Haut et Bas) et ne rétablit donc pas la frontière antique de l'Oise. Diocèses de L'Aisne

Avant 1790, le Diocèse de Soissons s'étendait au sud de l'Oise et sur la rive ouest de l’Ailette : les villages de Brétigny, Quierzy et Manicamp en faisait partie même après 1690 et le détournement de l'Ailette.

A l'est de l’Ailette, s'étendait le Diocèse de Laon : la Motte de Quierzy, quelques maisons de Manicamp, Bichancourt, Pierremande, Champs, …

A l'ouest de Brėtigny, depuis Varesnes inclus, et rive nord de l’Oise jusqu’à Tergnier inclus (Beautor La Fère exclus) s'étendait le Diocèse de Noyon (Doyenné de Noyon à l'ouest de Quierzy, Doyenné de Chauny à l'est).

Le territoire actuel de la commune de Quierzy relève ainsi des trois diocèses ... 

Les archéologues fixent également sur l'Oise la frontière séparant le territoire des Viromanduens (au nord) de celui des Suessions (au sud). Avec moins de certitude, au nord-est, les territoires compris entre l'Oise et l'Ailette seraient des zones d'implantation successives ; entre la Serre et l'Ailette Suessions ou Rèmes et entre l'Oise et la Serre Viromenduens ou Rèmes. La Gaule connaît en effet à cette époque de fréquentes querelles entre tribus (cf. Diviciacos). La rive nord-est de l’Ailette restera finalement aux Rèmes.

L’Oise constitue donc très tôt la frontière naturelle entre
le Soissonnais au sud et le Vermandois puis le Noyonnais au nord, tandis que l'Ailette, qui rejoint l'Oise à Quierzy, sépare le Soissonnais, à l'ouest, du Laonnois, à l'est.  Ces "pays", formant parfois des régions naturelles, sont grosso modo issus des territoires des peuples gaulois avant l'arrivée des Romains en Gaule : Suessions au sud, Bellovaques à l'ouest, Viromanduens au nord, Rèmes à l'est.

La région centrale du territoire occupé par les Suessions se délimite autour de l'Aisne inférieure et de ses affluents par une fréquence plus élevée d'oppida. César donne le chiffre de 12. Les recherches archéologiques permettent de localiser le chef-lieu « Noviodunum » à Pommiers, les oppida d'Ambleny, de Montigny-Lengrain et de Vieux-Moulin sur l'Aisne inférieure, Muret-et-Crouttes dominant la Crise et Pont-Saint-Mard l'Ailette.

Le peuplement préhistorique du secteur entre Aisne et Marne a fait l'objet d'une étude détaillée montrant les étapes successives de l'occupation du sol du paléolithique jusqu'à l'époque gallo-romaine par R. Parent, Le peuplement préhistorique entre la Marne et l'Aisne, Travaux de l'Institut d'Art préhistorique de l'Université de Toulouse, vol. 13, 14 (1971, 1972).
Carte des peuples de l'Aisne
 (La carte archéologique de la Gaule, L'Aisne, Blaise Pichon)

Selon Reinhold Kaiser, la frontière de la civitas Suessionum gallo-romaine, connue grâce aux textes, aux inscriptions et aux traces archéologiques, se caractérise à beaucoup d'endroits par une étonnante stabilité de l'époque gallo-romaine jusqu'à la Révolution (de la civitas Suessionum au Diocèse de Soissons), mais les modifications ne manquent pas, notamment dans la vallée de l'Oise.

La frontière demeure inchangée à l'Ouest, dans la vallée de l'Automne, au Nord dans la vallée de l'Ailette (oppidum de frontière de Pont- Saint-Mard), à l'Est dans la vallée de la Vesle et au Sud dans la vallée du Petit-Morin.

Au Haut Moyen Age, en raison des partages du royaume mérovingien, de la formation de duchés, de la force d'attraction des évêchés voisins ou du transfert de chefs-lieux de cités, le territoire de la civitas Suessionum subit plusieurs amputations, principalement dans la région d'entre l'Aisne inférieure et l'Oise et dans le bassin de l'Ardre (dans l'Est de la civitas, le pagus Tardunensis s'étend de part et d'autre de la frontière des civitates de Soissons et de Reims …).

Le cours de l'Oise moyenne, loin d'être une ligne de démarcation parfaite, sépare les civitates de Senlis, Beauvais, St-Quentin - Vermand et Soissons jusqu'au milieu du 6e siècle lorsque le chef-lieu du diocèse de Vermand est déplacé vers l'évêché refuge de Noyon, soutenu au 7e siècle par les rois mérovingiens avec leurs points d'appui sur la rive gauche de l'Oise, où les domaines royaux forment un grand district fiscal. A la fin du 8e siècle, le pagus Noviomagen comprend tout le secteur entre l'Oise, l'Aisne et la route romaine Soissons - Vic-sur-Aisne - Noyon avec les quatre palais mérovingiens de Berny-Rivière, Berneuil, Choisy-au-Bac et Montmacq. En 814, un synode rassemblé à Noyon règle le conflit entre les églises de Soissons et de Noyon à propos des limites ecclésiastiques dans ce pagus. Les quatre palais font définitivement partie du diocèse de Soissons. Seules cinq paroisses de la rive gauche de l'Oise sont soumises à l'évêque de Noyon. La décision de 814 ne rétablit donc pas la frontière antique - l'Oise probablement - afin de ménager un compromis entre les intéressés.  


Dès l'antiquité celtique, le territoire des Suessions occupe une position de premier plan dans la constitution du domaine royal franc, à l'origine de la province d'Île de France. Diviciacos (début du 1er siècle), roi des Suessions, est généralissime des Belges et « empereur » de Bretagne. Aetius (début du 5e siècle) choisie comme capitale ce qui restait de romanité en Gaule après le sac de Rome par les barbares : Soissons. C'est là qu'en 486 un léte révolté, Clovis, venant de Tournai, vainc Syagrius, dont le royaume s'étend entre Somme et Loire, et établit à son tour sa capitale à Soissons. Cette victoire permet à Clovis d'atteindre la Seine et Paris mais ce n'est qu'en 508 que Clovis fait de Paris le siège de son royaume, cité à mi-chemin entre sa terre d'origine et ses récentes conquêtes dans le sud.


Il existe très tôt autour de Noyon, un important territoire, le pagus Noviomum, distinct du Vermandois. Vers 531, Saint-Médard, évêque de Vermand, s’installe à Noyon. Il est nommé en 532 à l'épiscopat de Tournai, première capitale du royaume des Francs, unifiant l’évêché de Tournai à celui de Noyon. Cet évêché est étroitement lié à la royauté franque : Charlemagne est sacré roi des Francs à Noyon en 768 et Hugues Capet en 987. Après 1146, lorsque le pape rend à Tournai son évêque particulier, l'évêché de Noyon est érigé en comté-pairie et l’Evêque-Comte de Noyon fait partie des pairs du royaume, vassaux directs du roi, appelés à désigner son successeur. 

Le Laonnois est pareillement étroitement liée aux Mérovingiens. Laon est un des lieux de résidence de Clovis puis des rois Carolingiens avant de devenir brièvement la capitale du Royaume de France entre 895 et 988.

Le Soissonnais, le Noyonnais et le Laonnois conquis dès 486 constituent dès lors le cœur du domaine royal franc, c'est-à-dire le domaine relevant directement de l'autorité du roi, qui donnera plus tard le Duché de France puis l'Île de France.

Quand l'évêque de Reims convoque à Senlis un conseil pour confier les destinées de la France carolingienne aux robertiens en 987, le Duché de France comprend outre le Soissonnais, le Noyonnais, le Laonnois, le Valois, le Vexin français, la France proprement dite, le Parisis et le Hurepoix.


La limite de la province d'Île de France avec le Santerre et l'Amiénois résulte au XVe siècle des luttes pour
les "villes de la Somme", places fortes défendant le cours de la SommeEn 1435 sous Charles VII le traité d'Arras rattache certaines de ces villes au Gouvernement militaire dit de Picardie, à savoir pour ce qui nous intéresse, Roye, Péronne et Saint-Quentin. Ham (25 kilomètres au nord de Quierzy) n'est pas incluse dans ce traité. On trouve ultérieurement les doyennés de Péronne et de Saint-Quentin rattachés au Diocèse de Noyon.

Les limites de l'Île de France au nord de Quierzy sont celle du Noyonnais

Situé entre le Soissonnais, au sud, le Santerre, le Vermandois et la Thiérache, au nord, 
le Noyonnais constitue le confins de l'Île de France au nord de Quierzy.     

Au nord de Quierzy, la limite nord de l'Île de France avec la « Picardie » correspond aux frontières du Noyonnais. Le Pagus Noviomagensis du 6e siècle s'étend entre le Matz et le Rieu
Autour de la ville de Noyon, l
es frontières naturelles du Noyonnais, correspondent au bassin hydrographique de la rive droite de l'Oise entre le l'Aronde ou le Matz en aval, limite du Beauvaisis à l'ouest, et le Rieu en amont, limite de la Thiérache à l'est, le Santerre et le Vermandois au nord et le Soissonnais au sud. Historiquement, le Noyonnais, très tôt détaché du Vermandois, fait partie de la province d'Île-de-France d'avant 1789. Noyon et Chauny, restées à la veille de la Révolution à l’Île de France, laissent en toutes hypothèses la frontière de la « Picardie » historique plusieurs kilomètres au nord de Quierzy. Au plus proche, on trouve parfois le village de Guivry (8 kilomètres de Quierzy), diocèse et doyenné de Noyon, rattaché à la « Picardie ».

Enfin, l'Oise constitue une limite linguiste et
géologique. Au nord-ouest du Soissonnais, la rive droite de la rivière était en effet de parlé Picard tandis que sur la rive gauche dominait le Français.

Les témoignages écrits du XIIIe siècle, concernant le sud-est du département de l'Aisne montrent un français proche des habitudes de Paris sans les caractéristiques du picard (D. Coq, Deux chartes originales en français de la Picardie orientale (1260, avril; 1267, juillet?), t. 142-2, p. 314, Bibliothèque de l'École des Chartes, Paris, 1984).

Au plan géologique, le plateau Picard
du Crétacé supérieur n'atteint pas non plus la vallée de l'Oise de l'Eocène / Paléocène. 



La limite sud du Gouvernement militaire dit de Picardie en 1771





Les Régions Agricoles de 1946
Les pays de l'Île de France historique

Le Soissonnais, pays de l'Île de France
d'avant 1789, où se trouve le village de Quierzy, pas plus que le Noyonnais et le Laonnois ne font partie de la « Picardie » d'avant 1789. Le village ne se trouve pas non plus sur la frontière entre ces territoires, mais aux confins du Soissonnais, du Noyonnais et du Laonnois, qui sont des pays à l’origine de l'Île de France et par définition partie de cette province. Quierzy n’est donc à aucun moment dans l'histoire un village picard.

La limite nord du royaume de France était 
de fait contituée au XVe siècle, par les « Villes de la Somme », nom donné aux places fortes défendant le cours de la Somme : Montdidier, Roye, Ham, Saint-Quentin constituaient des postes avancés de défense du fleuve à la limite du plateau picard et du Noyonnais tant au plan historique que géologique.

Les découpages territoriaux des cités gauloises survivent sous l’ancien régime jusqu’à la révolution : le territoire de la civitas donne le diocèse et le pagus l’archidiaconé.  
Le Diocèse de Soissons d'avant 1789 était constitué de quatre archidiaconés eux mêmes découpés en doyennés :
  · Grand Archidiaconé : Chrétienté (Soissons), Vailly, Chacrise et Viviers.
  · Archidiaconé de la Rivière : Vic-sur-Aisne, Collioles, Berthisy et Blérancourt.
 
· Archidiaconé de Brie : Chatillon, Château-Thierry, Orbais, Chézy, Dormans et Montmirail.
  ·
Archidiaconé de Tardenois : Bazoches, Oulchy, Neuilly, Fère.
La paroisse de Quierzy faisait alors partie du
Diocèse de Soissons, Archidiaconé de la Rivière, Doyenné de Blérancourt.

Le Soissonnais, délimité par quatre cours d'eau, l'Oise à l'ouest, l'Ailette au nord, l'Automne et l'Ourcq au sud, correspond également au
Grand Archidiaconé et à l'Archidiaconé de la Rivière de l'ancien Diocèse de Soissons.

La Révolution supprime les « provinces historiques » et les diocèses. Le département de l'Aisne est alors constitué sur quatre anciennes circonscriptions ; l'Île-de-France au centre avec le Noyonnais, le Soissonnais et le Laonnois, la « Picardie » avec le Vermandois au nord-ouest (Saint-Quentin) et la Thiérache au nord-est (Vervins), quelques communes des Flandres au nord du Vermandois et la Champagne au sud avec l'Omois (Château-Thierry) regroupant le Tardenois, l'Orxois et la Brie.

Le nouveau département coïncide approximativement avec la principale partie de la Généralité de Soissons 
(élections de Soissons, Laon et Guise) à laquelle est rattachée l'élection de Saint-Quentin prise à la généralité d'Amiens. Créée en 1595, la Généralité de Soissons comptait sept élections : Château-Thierry, Clermont-en-Beauvaisis, Crépy-en-Valois et Soissons issues de la généralité de Paris, Noyon de la généralité d'Amiens, Laon et Guise de la généralité de Châlons.
              Soissons Île de France, 1932

Les délimitations des trois départements actuels (Aisne, Oise et Somme), qui composaient l'ex-ciconscription administrative, crée en 1960, et intégrée en 2016 dans la région Hauts-de-France, ne correspondent pas non plus aux limites du Gouvernement de Picardie d'avant 1789, qui ne comprenait au sud ni le Soissonnais, ni le Laonnois, ni le Noyonnais, ni le Beauvaisis, ni le Valois, ... qui appartenaient à l'Île-de-France (pas plus qu'au nord-ouest le Boulonnais et le Ternois, qui appartenaient à l'Artois).  L'ex-ciconscription administrative regroupant Aisne, Oise et Somme ne correspondait donc en réalité à la « Picardie » d'avant 1789 que pour le département de la Somme.

En 1946, à la demande du Commissariat Général au Plan, sont définies les régions agricoles et petites régions agricoles, largement inspirées des régions géographiques. Quierzy se trouve dans le Soissonnais ainsi que à l’est, Manicamp, Bichancourt et la rive gauche de l’Oise jusqu’à Charmes et au sud Besmé, Bourguignon-sous-Coucy, … A l’ouest, Brétigny, Appilly, Cuts, département de l’Oise, sont dans le Noyonnais. Au nord de la rivière Oise, Marest-Dampcourt, Abbécourt sont dans le Saint-Quentinois et Laonnois.

Le Décret n° 60-516 du 2 juin 1960 portant harmonisation des circonscriptions administratives ne manque pas de préciser en préambule (Rapport) : Il demeure évidemment entendu que ces vingt et une divisions géographiques du territoire que sont les circonscriptions d’action régionale ne constituent qu’une unité de base commode pour l’action administrative et la mise en valeur du pays et ne sauraient être considérées comme de nature à gêner les courants commerciaux, culturels et humains entre les différentes parties du territoire métropolitain ou à porter atteinte aux divisions administratives traditionnelles.


Il est intéressant de noter qu’en 2008, les arrondissements de Soissons et de Laon représentaient 50% de la superficie du département de l’Aisne et de sa population, les arrondissements de St-Quentin et de Vervins 34% et 36 % et l’arrondissement de Château-Thierry 16 % et 13 %.


_____
Quierzy est rattaché en 1790 au District de Chauny. Les districts étaient le premier niveau de subdivision des départements de 1790 à 1795. Supprimés en 1795, ils ont été remplacés par les arrondissements créés en 1800.
Quierzy est alors rattaché à l'arrondissement de Laon, 
canton de Chauny.
L'arrêté du 3 vendémiaire an X (25 septembre 1801) intègre Quierzy au canton de Coucy-le-Château, supprimé en 2015. Quierzy est alors rattaché au canton de Vic-sur-Aisne.

 

Haut de Page
Haut de page

>> Suite >>


| Quierzy, résidence royale | La Grande Guerre | La Guerre 1939-1945 | Liens |

Courrier

© DV 1994-2004