Quierzy, résidence royale | Avant 1914La Grande Guerre | La Guerre 1939-1945 | Autour de QuierzyLiensContact

Quierzy, Carisiacum en latin, est un important lieu de villégiature du Soissonnais, pays de l'Île de France d'avant 1789, apprécié des souverains mérovingiens (Ve-VIIIe siècle) et carolingiens (VIIIe-Xe siècle) ; Charles Martel y mourut, Charlemagne y serait né, son palais est cité dans la Chanson de Roland, Charles II le Chauve y fut couronné par son père Louis le pieux, s’y maria et y signa le fameux Capitulaire de Quierzy. Les papes Etienne II et Léon III y furent reçus l’un par Pépin le Bref, qui y crée les Etats pontificaux, l’autre par Charlemagne.

Quierzy restera la propriété des rois de France jusqu'à Hugues Capet. Le destin historique exceptionnel de ce village aujourd'hui paisible, situé dans la "Vallée d'Or" à la rencontre de l'Oise et de l’Ailette, aux confins des cités des Suessions, des Viromanduens et des Rèmes, remonte à l'époque gallo-romaine avec l'implantation d'une "villa" fortifiée d'où Clovis partira à la conquête de la Gaule.

La principale source pour cette période est constituée par les Annales de Quierzy, 1935 rédigées d'après les notes de l'Abbé Théophile Carlet (1809-1886), curé de Quierzy de 1834 à 1864, par l'Abbé N. Caillet. 

Notes de lectures

Les voies romaines autour de Quierzy
On doit, selon l’historien Reinhold Kaiser, la présence d'un palais royal à Quierzy aux époques mérovingienne et carolingienne à la proximité d'une route romaine passant l'Oise, trait commun aux palais de la civitas suessonum de Quierzy, Compiègne, Berny-Rivière et Verberie, jouxtant tous des endroits où des routes romaines passent l'Oise ou l'Aisne (1).

Les points routiers où l'on passait la rivière près de Quierzy étaient Pontoise-lès-Noyon ou le castrum de Noyon lui-même. C'était la Via Agrippa de Lugdunum (Lyon), capitale la Gaule à Gesoriacum (Boulogne-sur-Mer), port d'embarquement pour la (Grande) Bretagne, qui passait par Durocortorum (Reims), capitale de la Gaule Belgique, Augusta Suessionum (Soissons), Noviomagus (Noyon), Rodium (Roye), Samarobriva (Amiens), ...

Plus tard, une voie mérovingienne de Compiègne (point de passage de l'Oise) à Saint-Quentin (gué permettant de franchir la Somme), traversait l'Oise à Quierzy pour aller rejoindre la voie romaine d’Augusta Suessionum (Soissons), point de passage de l'Aisne, à Augusta Viromanduorum (Saint-Quentin).

Quierzy se trouve également au confluant de l'Oise et de l'Ailette (2), précisément à l'endroit où l'Oise devient navigable, ce qui souligne, outre l'habitude franque de s'installer près d'un cours d'eau, l'importance de plus en plus grande des rivières en tant que voies de communication.

Le palais se situait certainement entre l'Oise et l'Ailette, qui forment très tôt des frontières naturelles entre les territoires des Viromanduens établis au nord de l'Oise, des Rèmes installés à l'est de l'Ailette et les Suessions au sud de ces deux rivières. Les territoires des différents peuples de la Gaule étaient pour la plupart déterminés par des limites naturelles, telles que fleuves, le forêts ou les reliefs et lignes de partage des eaux.

Autour de Quierzy, c
es frontières naturelles demeurent jusqu'à la révolution celle de la Civitas Suessionum (capitale Soissons) et du Pagus Suessionicus autour de Soissons, puis du Diocèse de Soissons, celle de la Civitas Viromanduorum (capitale Saint-Quentin) et du Pagus Noviomagensis autour de Noyon, puis du Diocèse de Noyon, celle de la Civitas Remorum des Rèmes (capitale Reims) et du Pagus Laudunensis autour de Laon, puis du Diocèse de Laon.

La situation des palais près de l’Oise (à équidistance de Soissons, Compiègne et Laon pour ce qui est de Quierzy) dans une région où les diocèses voisins s'entrecroisaient et se neutralisaient, a peut-être préservé les propriétés royales, dans les époques de faiblesse, de la mainmise des églises. A Quierzy, trois diocèses se rencontrent (3).

Enfin, l'établissement de domaines royaux et aristocratiques par transfert des domaines de l'Etat romain dans le fisc mérovingien reste difficile à démontrer mais très probable. Clovis et ses fils disposaient en tout cas d’un district fiscal très étendu dans les régions de l’Oise, de l’Aisne et de la Seine, c’est-à-dire précisément dans le noyau de la puissance de Syagrius (Royaume de Soissons) et la royauté mérovingienne reste tributaire des traditions léguées par le " Romanum Rex Syagrius ".

Carisiacum désignerait la Domoculta, la maison bien située des préfets romains qui plaira aux rois à cause des agréments et des nombreuses commodités qu'ils y trouvaient.

Lcapitulaire de Quierzy de juin 877 met en évidence l'importance du palais de Quierzy avec ses forêts propices aux chasses royales, mais la place essentielle de Quierzy parmi les palais carolingiens est bien antérieure au règne de Charles le Chauve : Du locus au palatium : naissance et affirmation du palais de Quierzy à l’aube des temps carolingiens, Josiane Barbier
 

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Notes et sources :

(1) 
Aspects de l'Histoire de la civitas suessionum et du diocèse de Soissons aux époques romaine et mérovingienne, Reinhold Kaiser, Cahiers archéologiques de Picardie, Année 1974, Volume 1, Numéro 1, pp. 115-122. Reinhold Kaiser est l'auteur d'études concernant la région de Soissons publiées, avec plans et cartes, sous le titre de Untersuchungen zur Geschichte der Civitas und Diozese Soissons in romischer und merowingischer Zeit dans la série du Rhemisches Archiv N° 89 (1973), par l'Institut d’histoire régionale de l'Université de Bonn.

(2) Le cours de l'Ailette a été modifié en 1690 pour rejoindre l'Oise entre Quierzy et Manicamp. L
es villages de Quierzy et Manicamp restent rive ouest de l’Ailette après 1690.

(3) Les diocèses, sous la responsabilité d'un évêque ou d'un archevêque, adoptées à partir du IIIe siècle par l'Église latine, correspondent aux circonscriptions territoriales de l'Empire romain pratiquement maintenues jusqu’à la révolution : Le Concile de Noyon de 814 cède quelques paroisses de la rive gauche de l'Oise à l'évêque de Noyon : Varesnes, Pontoise, Ourscamp, Carlepont, Tracy (Haut et Bas) et ne rétablit donc pas la frontière antique de l'Oise.
Diocèses de L'Aisne

Avant 1790, le 
Diocèse de Soissons s'étendait au sud de l'Oise et sur la rive ouest de l’Ailette : les villages de Brétigny, Quierzy et Manicamp en faisait partie même après 1690.

A l'est de l’Ailette, s'étendait le 
Diocèse de Laon : la Motte de Quierzy, quelques maisons de Manicamp, Bichancourt, Pierremande, Champs, …

A l'ouest de Brėtigny, depuis Varesnes inclus, et rive nord de l’Oise jusqu’à Tergnier inclus (Beautor La Fère exclus) s'étendait le 
Diocèse de Noyon (Doyenné de Noyon à l'ouest de Quierzy, Doyenné de Chauny à l'est).

Le territoire actuel de la commune de Quierzy relève ainsi des trois diocèses mais le village, situé pour l'essentiel au sud de l'Oise se trouve dans le 
Soissonnais aux confins du Noyonnais et du Laonnois, tous trois pays de l'Île-de-France d'avant 1789.



Il existe de nombreux écrits sur les fréquents séjours des rois mérovingiens et carolingiens, qui affectionnaient la campagne, sur leur "cher domaine", Carisiacum en latin, qui a donné Chérisy puis Quierzy, idéalement situé à la rencontre de l'Oise et de l'Ailette, défendant les abords de la résidence et permettant la pêche, au milieu de terres fertiles et de forêts giboyeuses, assurant approvisionnement et loisirs.

 

Les Mérovingiens (Ve siècle - 751)

Le document le plus ancien mentionnant "Caraciaco" date de 605. Représentatif de l'époque, il a trait à l'assassinat de Protade, Maire du Palais de Bourgogne, qui permet d'éviter une des guerres fratricides (entre Théodebert d'Austrasie et Thierry de Bourgogne) qui marquent cette période.

On connaît ensuite, à partir de 660, plusieurs actes signés à Quierzy par les rois mérovingiens Clotaire III, Thierry III, Childebert III, Thierry IV, Childéric III et Charles-Martel, Maire du Palais.

Ce dernier acte, de 741, mentionne à son tour le "Palais de Quierzy". Le vainqueur de Poitiers (732) y meurt en octobre de la même année. 

Il est parfois fait mention de monnaies frappées à Quierzy à cette époque. Si Carisiaco correspond à Quierzy, sous Dagobert, des coins préparés (la tête et le revers y étaient déjà gravés sans la légende "moneta palatina") suivaient le roi dans ses voyages et lorsqu’il résidait en quelque lieu où l’on n'avait pas la commodité de fabriquer des pièces, on ajoutait le nom du palais ou maison où le roi était alors, comme Carisiaco, Banniaciaco, Catoiaco, Viriliaco. Les ouvriers et officiers de cette monnaie étaient commensaux de la maison royale. La cour des monnaies de Paris a conservé ce privilége. (Abot De Bazinghem, Traité des monnaies, t. II, p. 91, art. monnaie.).

Les Carolingiens (751 - 987)

C'est surtout de la période carolingienne que l'on possède de multiples écrits dans l'Histoire de France confirmant l'importance de Quierzy.

En janvier 754, Pépin le Bref reçoit le Pape Etienne II à Quierzy; il s'agit tout d'abord du premier déplacement d'un Pape en France, et c'est là que Pépin signe la donation faite au Pape de l'Exarchat de Ravenne, qui constitue l'acte de création des États Pontificaux, domaine temporel de la papauté, disparu en 1870.

En 754 toujours, Pépin célèbre la fête de Pâques à Quierzy et en 760, 761 et 764, entre deux campagnes militaires, Noël et Pâques, selon une tradition semble-t-il ancienne, qui fait présumer la naissance de Charlemagne à Quierzy le lundi de Pâques 2 avril 742 ... (Cf Abbé Carlet)

Charlemagne fait également de fréquents séjours à Quierzy où il signe un nombre important d'actes à partir de 773. Il y passe l'hiver 775, y célèbre Noël et Pâques. Il est encore à Quierzy en juin de la même année. Il y passe l'hiver 781, y célèbre Noël et Pâques.

En 804, Quierzy a l'honneur du principal séjour du Pape Léon III auprès de l'Empereur. Ils célèbrent là Noël ensemble, avant de se rendre à Aix-la-Chapelle fêter l'Épiphanie.

Louis le Pieux à son tour affectionne le Palais de Quierzy, il y signe plusieurs actes à partir d'octobre 820, alors qu'il passe là selon la coutume, l'automne à chasser avant d'y réunir une Assemblée à la fin de l'année. Il reçoit ses fils Pépin et Louis à Quierzy en 835 et s'y repose à la mi-carême.

En 838, l'Empereur réunit à Quierzy une importante Assemblée Générale, à laquelle assistent ses fils Pépin et Charles, ainsi qu'un Synode Général d'Evèques. C'est lors de cette Assemblée que Charles reçoit à l'age de 14 ans le Royaume d'Aquitaine.

Après la mort de son père, Charles le Chauve revient rapidement à Quierzy où il signe dès décembre 840 plusieurs actes et réunit une diète, Lothaire menaçant la Francia. En décembre 842, Charles convoque à nouveau les Grands du Royaume à Quierzy pour célébrer son mariage avec Hermantrude.

Plusieurs Conciles se tiennent à Quierzy en 849, 853, 857, 858, ainsi qu'un synode comprovincial en 855. En 852, Charles a passé l'hiver à Quierzy.

En mars 858, le roi rassemble ses grands vassaux à Quierzy avant de marcher contre les Normands. Charles est encore à Quierzy en août 860, en juillet 861, ... , pour Noël en 862 et 865, ... En 876, au retour de son couronnement à Rome, le roi de France revient à Quierzy.

Enfin, en juin 877, Charles le Chauve convoque une dernière assemblée avant de partir faire la guerre au delà des Alpes et signe le fameux Capitulaire de Quierzy.

Après sa mort au Mont-Cenis, la Reine Richilde, sa seconde épouse, se retire à Quierzy. Une nouvelle assemblée y a lieu en septembre 882.

 
Donation du château de Quierzy

Après 891, les Normands s'installent dans la région ; Quierzy et ses environs sont complètement détruits. Hugues Capet, qui préfèrera résider en ville, donne à l'occasion de son couronnement ses terres de Quierzy à l'Evêque de Noyon. Ce dernier y fait construire une forteresse pour se défendre du puissant seigneur de Coucy.

Philippe Ier confirme la donation vers 1068. Le castellam Carisiacum in pago suessionico situm / castel de Quierzy situé dans le pays du Soissonnais, «  parce qu'il est proche de son évêché et qu'il est nécessaire à son église, pour la défendre contre les attaques fréquentes des ennemis voisins » est donné à l'évêque de Noyon.

Dès 1070, les seigneurs se désignant de Chérizy, soutenu par ceux de Coucy, revendiquent le château de Quierzy.

En 1110, l’évêque de Noyon doit demander l’intervention du roi de France, Louis-le-Gros, pour reprendre possession du château. Le roi fait alors abattre les murs de la forteresse, raser le manoir, avec défense de les rétablir.

Plus tard, Louis VII accorde aux Chérisy la permission de reconstruire son château, sous la condition de ne pas l'entourer de défenses et, en 1158, confirme les Chérisy dans la possession du domaine de Quierzy avec permission de relever les fortifications du château, sous certaines conditions.

Au mois d'Août 1226, la cause est finalement réglée par un arbitrage : « la forteresse de Quierzy serait remise à l'évêque de Noyon dans toute guerre entreprise pour lui ou pour les intérêts de son évêché, contre tout autre que le sire de Coucy », « de même la dite forteresse serait remise au sire de Coucy ou à ses héritiers, dans toute guerre entreprise pour lui ou pour les intérêts de son domaine, contre tout autre que l'évêque de Noyon «  et « en cas de guerre entre eux deux, elle resterait entre les mains des seigneurs de Chérisy qui seraient obligés de garder une stricte neutralité. »



D'or à fasce d'azur

Couleurs de la famille De Quierzy, ou De Chérisy, dont est issu notamment Nivelon de Querzy ou de Chérisy, mort en 1307 à Bari, 60e évêque de Soissons et croisé, fils de Gérard II, seigneur de Quierzy et d'Agnès de Longpont.



D'azur à fasce d'or

La commune de Quierzy utilise inversées les couleurs de la famille De Quierzy ou De Chérisy

 
Emiettement de la terre de Quierzy

Dès le XIVe siècle, la terre de Quierzy, qui comprenait plusieurs fiefs, commence à s'émietter. On distingue le fief de Quierzy et Camelin, le fief de la Jonquière, le fief de La Motte et le fief de la Tour Roland.D'azur à la fasce d'or. La commune de Quierzy relève et inverse les couleurs de la famille De Quierzy, ou De Chérisy, dont est issu notamment Nivelon de Querzy ou de Chérisy, mort en 1307 à Bari, 60e évêque de Soissons et croisé, fils de Gérard II, seigneur de Quierzy et d'Agnès de Longpont.

  • Le fief de Quierzy et Camelin comprenait « Un manoir à Kierzy, entre les fossés et les murs qui sont entour, excepté la Tour de grez qui siet entre les maisons du dit manoir pardevers la rivière d'Oise ; tout le village de Kierzy, excepté ce qui s'étend entre le pont de Clerc et le pont de Neuf-mois, avec la justice et seigneurie jusqu'au rû du moulin de Pontchiaux (Poncel en 1600) ; les terres et le village de Camelin et les terres de Manicamp du côté de Chauny. »
  • Le fief de La Motte était situé entre le Pont de Clerc et le pont de Neuf-mois, ce que l'on appelle aujourd'hui le hameau de Lamotte et le petit Quierzy.
  • Le fief de la Tour Roland se trouvait au-delà de l'Oise, le pré de la Tour Roland ? Où s'élevait la tour de grez, siège de ce fief ?
  • Le fief de la Jonquière s'étendait jusqu'au territoire de Saint-Paul-aux-Bois. Le bois de Fêve en faisait partie.
Le fief de Quierzy passe aux mains des Chérisy, puis des Montmorency, des Roye, des Halluin, Brûlart et Bussy-Rabutin jusqu'à la révolution.

Les paysans de la Jacquerie de 1358 gagnent le Soissonnais, le Laonnois et le Noyonnais. Ils y détruisent les forteresses. Quierzy n’est pas épargné. La destruction de l’église de la Capelette daterait de cette époque. 

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Extrait de la Carte des Cassini
 

La Capelette

Plan général des fouilles de 1916 (env. 130 m x 95 m)

Il existait encore au XIXe siècle rive gauche de l'ancien cours de l'Ailette des restes de murs qui permirent d'entreprendre des fouilles et d'identifier, les "fondations d'une ancienne église construite sur les ruines d'un ancien château mérovingien" (Bulletin Archéologique de Soissons, 1868). Capelette signifie petite chapelle.

Avec ces premiers éléments, de nouvelles fouilles sont entreprises en 1916 par l'historien de l'art allemand Georg Weise à la recherche du palais de Charlemagne ...

Interrompues par les inondations puis la reconquête de Quierzy par les français en mars 1917, les fouiles confirment l'importance du site.

Il a tout d'abord existé à cet endroit une villa gallo-romaine du IVe siècle, qui correspond à l'implantation par les romains sur le déclin de colons (barbares infiltrés pacifiquement) pour défendre l'empire et cultiver le sol.

La villa gallo-romaine est généralement un ensemble en bois et torchis plus ou moins fortifié entouré d'une palissade et d'un fossé et regroupant dans une première cours les communs, les logements du personnel du domaine, la basse-cours et dans une seconde les greniers, les écuries et l'habitation du propriétaire. Les villae plus importantes sont dotées d'une forteresse ou d'une simple tour protégée par un fossé qui sert d'habitation. A proximité se trouvent des exploitations familiales plus petites dépendantes de la villa.

Au siècle suivant, lors des grandes invasions, les Francs constituent au nord de la Gaule un véritable royaume, qui à l'avènement de Clovis joint l'Oise au sud. Quierzy est sur la frontière et c'est sans doute à cette époque que la villa gallo-romaine fait place à une villa mérovingienne semble-t-il plus petite, fortifiée à la romaine avec donjon, palissade et fossé.

Photo Roger Agache
Quierzy : site royal en péril ?
Jean-Claude Malsy
Revue archéologique de l'Oise 1973

De ces greniers-forteresses, Clovis part à la conquête de la Gaule battant tout d'abord en juillet 486 Syagrius à Soissons, dont il fait sa capitale.

A la mort de Clovis en 511, le royaume est partagé entre ses fils, Quierzy est en Neustrie, sur la frontière avec l'Austrasie. La forteresse stratégique est certainement alors non seulement améliorée mais aussi fréquentée par les rois francs à la recherche de l'unité du royaume, sur les traces de Clovis ...

Cette construction est très tôt transformée en abbaye fortifiée (Monastère Saint-Remy de Quierzy ?).

Selon "l'archéologue aérien" Roger Agache, Quierzy serait parmi les grands palais du haut Moyen Âge le seul dont l'emplacement est discernable. 

 

La Motte

Plan du Palais de Samoussy (env. 90 m x 60 m)
avec son fossé semi-circulaire semblable à celui de Quierzy
(d'après G. WEISE)

Une nouvelle villa mérovingienne est édifiée plus près de l'Oise bien qu'il n'en soit fait mention qu'ultérieurement, en 709. C'est cette seconde villa qui va être agrandie pour devenir le palais de Charles Martel et de ses descendants Pépin le Bref, Charlemagne, Louis le Pieux, Charles le Chauve.

Le palais carolingien est généralement établi au centre d'exploitations rurales plus petites et abrite une population de paysans, d'artisans, de clercs, de fonctionnaires dans des bâtiments plus ou moins grands. Il reçoit le roi et sa suite au gré des fêtes religieuses, des grandes chasses de printemps et d'automne, des assemblées générales ou des expéditions militaires. Il y eut également un atelier monétaire à Quierzy.

La demeure est séparées des bâtiments agricoles par un fossé ou un cours d'eau. A Quierzy, les  bras de l'Oise et de l'Ailette formaient idéalement plusieurs bras et donc autant d'enceintes. L'Ailette se jetait alors dans l'Oise à Quierzy et non à Manicamp comme aujourd'hui. Il fut ainsi possible d'établir à Quierzy un port sur l'Oise navigable.

Plusieurs ponts permettaient de franchir les différents cours d'eau. Sur celui de la Fosse-Barre, le bras nord de l'Oise, aujourd'hui à peu près recouvert par le Canal Latéral à l'Oise, passait la voie mérovingienne qui allait de Compiègne à Saint-Quentin, en suivant la rive gauche de l'Oise jusqu'à Quierzy, où elle traversait cette rivière, pour aller rejoindre la voie romaine de Soissons à Saint-Quentin.

Mais ces différents cours d'eau expliquent également les hésitations des historiens quant à la situation exacte du Palais de Quierzy et les revendications territoriales le concernant. Selon que l'on prend en effet l'un ou l'autre des bras de l'Oise et de l'Ailette pour le principal, le Palais se trouve sur la rive gauche ou sur la rive droite !

Or, la rive gauche de l'Oise appartenait au Soissonnais et l'autre au Noyonnais tandis que l'Ailette délimitait le Soissonnais du Laonnois. Ainsi, le palais de Quierzy pouvait appartenir au Noyonnais, au Soissonnais ou au Laonnois, et devenir terre de Neustrie ou Soissonnaise, ... propriété de l'Evêque de Noyon, réclamée par les Sires de Coucy une fois la région dévastée à la fin du IXe siècle par les Normands, qui se regroupent dans le port de Quierzy.

Abandonné par les rois, le Palais royal a fait place à une forteresse seigneuriale (Evêques de Noyon / de Chérisy).

On devine encore aujourd'hui rive droite de l'ancien cours de l'Ailette notamment un fossé semi-circulaire identique à celui du Palais de Samoussy.

 

Le château



Restes du Château Royal de Quierzy
Archives Départementales de l'Aisne, 6 Fi 265 - https://archives.aisne.fr



Plan extrait du Supplément aux Recherches sur l'Emplacement de Noviodunum et divers autres lieux du Soissonnais
Peigné-Delacourt, 1859 (coll. de l'auteur)

 

Vue arrière du Château de Quierzy La tour Roland

L'actuel château de Quierzy a été rebâti au XVIe siècle à l'emplacement de la forteresse des Evêques de Noyon, aujourd'hui rive droite de l'Oise. Il y avait au nord du château un "Ancien bras de l'Oise qui s'y réunissait après un parcours de 5 à 600 m", selon le plan extrait des Recherches sur l'Emplacement de Noviodunum et divers autres lieux du Soissonnais de Peigné-Delacourt (1859). Un "vieux pont de bois" traversant ce bras nord menait aux chemins de Chauny à Quierzy à droite et Soissons à Saint-Quentin à gauche.   

Il existe encore une tour visible à cet endroit, la tour Roland.
 



Château de Quierzy (8 Fi 1228 8 Fi 1229, 8 Fi 1230)
Amédée Piette (1808-1883) - Archives Départementales de l'Aisne


Vue générale de l'église de 1865, la porte de l'ancien prieuré au second plan
(8 Fi 1223) - L'église de 1865 faisant face au face sud-est, le prieuré à sa gauche (8 Fi 1224)
Amédée Piette (1808-1883) - Archives Départementales de l'Aisne


Le prieuré

Situé au coeur du village actuel, le prieuré (Saint-Martin ?) s'élevait à l'origine à proximité du château carolingien. Ce prieuré était vide de religieux au XVIe siècle. Vendus en 1790, les bâtiments furent en partie détruits. L'église primitive qui existait encore au milieu du XIXe siècle, mais en mauvais état, fut remplacée entre 1855 et 1865 par une église néo-gothique, détruite au cours de la Première Guerre mondiale et remplacée par une nouvelle construite entre 1920 et 1930. De cet établissement religieux clunisien, il ne reste aujourd'hui que les ruines du logis prioral. Une tourelle en encorbellement du mur de clôture, protégée MH en 1928, a disparue depuis ... 

Porte de l'ancien prieuré (8 Fi 1225), Porte et tourelle d'angle du mur de l'ancien prieuré, clocher de l'église à gauche (8 Fi 1227), Tourelle d'angle du mur de l'ancien prieuré (8 Fi 1226)
Amédée Piette (1808-1883) - Archives Départementales de l'Aisne

Ce site fait également l'objet de fouilles sommaires en 1916-1917 menées par Georg Weise puis dans les années 70.

Les vestiges du logis prioral en totalité, les murs d'enclos incluant la base de l'ancienne tourelle d'angle disparue sont inscrits MH depuis 2007, au moment d'un projet de destruction initié soutenu par le maire de la commune !


                         


Plan de la villa mérovingienne du prieuré (G. Weise)


Aujourd'hui, une simple pierre au centre du village
rappelle la prestigieuse histoire de Quierzy.

 

Bibliographie sommaire

Melleville - Notice historique sur Quierzy ; Paris, Dumoulin. - In-8° de 3 f. 1/4 - 1853

Ferdinand Lot lien - Les jugements d'Aix et de Quierzy (28 avril et 6 septembre 838) - Bibliothèque de l'école des chartes - Année 1921 - Volume 82 - Numéro 1 - p. 281-315

Abbé Th. Carlet / Abbé N. Caillet - Annales de Quierzy - publiées en 1935 par le Comité Archéologique et Historique de Noyon (Ed. A. Baticle - Chauny).  Merci à Alain Labruyère

Nous devons également au Chanoine Carlet l’ancienne église de Quierzy qu’il souhaitait « digne non seulement de la religion catholique, mais aussi des souvenirs qui donnent à ce village une place intéressante dans l'histoire de l'Eglise et de la France ». Le chanoine Carlet aurait désiré graver sur le fronton de l'église nouvelle cette pensée cueillie dans un diplôme de Thierry IV : 

« En maintenant les œuvres de nos ancêtres, nous assurons la stabilité des nôtres ».

L'Abbé Carlet mentionne plusieurs notices sur le Palais Royal de Quierzy :
- Damien de Templeux, Description du Duché de Valois
- Hadrien de Valois, Notitia Galliarum
- Mabillon, Disquisitio de Carisiaco traduit en français par Bruzen de la Martinière, Grand Dictionnaire Géographique
- P. Christophe Labbé, Histoire Manuscrite de Chauny, 1715
- L'Abbé Carlier, Histoire du Duché de Valois
- L'Abbé Colliette, Mémoires pour le Vermandois
- M. Melleville, Historiographie du Département de l'Aisne, 1851
- M. Suin, Historiographie du Département de l'Aisne, 1849
- M. le Baron de la Fons-Melicocq, ?, vers 1855
- M. Peigné-Delacourt, Supplément aux Recherches sur l'emplacement de Noviodunum et de divers autres lieux du Soissonnais, 1859
- M. Petit, renseignements fournis aux assises de la Société des Antiquaires de Picardie, en l856
- M. Poquet, Rapport à l'occasion d'une visite de la Société Soissonnaise à Manicamp et Quierzy

J F L Devisme, Manuel Historique du Département de l'Aisne, Laon, 1826 

Dietrich Lohrmann, Trois palais royaux de la vallée de l'Oise d'après les travaux des érudits mauristes : Compiègne, Choisy-au-Bac et Quierzy, 1976

Jean-Claude Malsy - Quierzy : site royal en péril ? Revue archéologique de l'Oise - Année 1973 - Volume 3 - Numéro 1  p. 11

Georges Samson - Le Palais de Quierzy et les villas dépendantes de celui-ci du VIe au Xe siècle - publié vers 1973 par le Groupe Archéologique du Noyonnais

Kaiser Reinhold. Aspects de l'Histoire de la civitas suessionum et du diocèse de Soissons aux époques romaine et mérovingienne - Cahiers archéologiques de Picardie. N°1, 1974. pp. 115-122  (PDF 1,2 Mo)

Philippe Racinet -Les prieurés clunisiens en Picardie au Moyen Age et au XVIème siècle - Revue archéologique de Picardie - Année 1982 -Volume 4 - Numéro 1 - pp. 199-230

Georges Samson - Essai de datation du site carolingien de Quierzy-sur-Oise - Revue archéologique de Picardie - Année 1985 - Volume 1 - Numéro 1 -  pp. 132-136 (PDF 1,2 Mo)

Philippe Racinet - Bretigny, Quierzy et Notre-Dame-en-Faves : trois prieurés clunisiens au nord du diocèse de Soissons (XIIe-XVIe siècles) - Revue archéologique de Picardie lien Année 1989 - Volume 3 - Numéro 1 -  pp. 229-236

Pierre Riché - La vie quotidienne dans l'empire carolingien - Hachette 1973

François-Guillaume Lorrain - Quierzy, capitale de la France ‏- "Voyage en France : retour sur quelques lieux qui ont fait notre pays" Le Point 
     http://www.lepoint.fr/histoire/quierzy-capitale-de-la-france-1-28-02-2015-1908676_1615.php
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Ce travail a été également réalisé grâce aux notes de mes grand-parents, qui furent respectivement Institutrice et Secrétaire de Mairie à Quierzy, aux recherches commencées par mon père, ...

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Le Palais de Quierzy
de Jean-Pierre Boizette

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