L'invasion allemande | La première libération | Les combats de 1918 | Les tranchées à Quierzy | La reconstruction
|
Des
Américaines à Quierzy
Quierzy, envahi par
l'armée allemande dès l'été
1914, reste
à une douzaine de kilomètres le front qui se se fixe au sud-ouest du village après la victoire
de la Marne.
En mars 1917, les allemands detruisent
systématiquement toute la région avant de se
retirer sur la Ligne Hindenburg établie à une
douzaine de
kilomètres à l'est de Quierzy.
Juillet 1917, la section civile du Comité Américain pour les Blessés Français s'installe à Blérancourt Malgré la proximité du front, en juillet 1917, Anne Morgan (1873-1952), fille du banquier américain J.P. Morgan, installe, à 6 kilomètres de Quierzy, dans les ruines du château de Blérancourt, au coeur des régions libérées par les allemands en mars 1917, le premier centre de la section civile du Comité Américain pour les Blessés Français (AFFW - American Fund for French Wounded) qu'elle a créee en 1916. « Les Américaines » sont au débuts au nombre de huit, les volontaires doivent parler français, détenir un permis de conduire et porter un uniforme bleu, réalisé par la compagnie B. Altman, avec pour emblème le griffon du portail du château de Blérancourt. Avec le soutien de l'armée (ces femmes préfigurent l'arrivée prochaine des troupes américaines), les volontaires américaines se portent au secours des populations restées sur place et favorisent le retour des réfugiés en fournissant tout d'abord médicaments, vêtements, mobiliers, outils pour cultiver la terre, ... Le 1er Corps de Cavalerie français aide à la construction des baraquements des américaines et prête ses ateliers pour l'entretien de leurs indispensables Ford T. Ces dernières font merveille face à l'isolement des villages aggravé par les destructions des routes et des voies ferrées. Au début, l'étonnement est grand de voir des femmes conduire et apporter dans les foyers des produits venus d'outre-atlantique parfois inconnus, comme le lait concentré ... Les militaires travaillent également avec leurs chevaux à la remise en culture des terres, objectif prioritaire pour le retour des population. La section civile encourage la création de coopératives agricoles pour la mise en commun du matériel disponnible. Elle fournit des tracteurs Fordson pour remplacer les animaux disparus, achète du bétail, ... En septembre, une laiterie est installée dans le château. Avant l'hiver, un atelier de réparation est ouvert à Blérancourt pour effectuer les réparations urgentes sur les habitations et construire des barraquements provisoires. Les volontaires américaines oeuvrent également en faveur de la « reconstruction morale et sociale des populations » en organisant tout d'abord des activités éducatives pour les jeunes gens. Dans le domaine médicale, une infirmières effectue des visites à domicile, tient une consultation à Blérancourt et dispense des cours d'hygiène pour lutter contre l'insalubrité des habitations. Après 9 mois de reconstruction, plus de 800 familles ont été réinstallées. Mais le 23 mars 1918, lors de l'attaque allemande, la section civile doit participer, à la demande de l'armée, à l'évacuation des populations vers les gares les plus proches. A la fin du mois, elle s'installe à Vic-sur-Aisne où elle poursuit son action auprès des réfugiés qui fuient vers le sud. ![]() Le 31 mars 1918, l'AFFW, qui va se consacrer entièrement
à l'aide médicale, et la
section civile se séparent. Anne Morgan
crée avec Anne Murray Dike (1878-1929),
médecin, l'American
Committee for Devastated France (ACDF), Comité
Américain pour les Régions
Dévastées de France (CARD).
Précipité dans
la guerre de mouvement, le CARD évacue Vic-sur-Aisne fin mai
pour les environs de La Ferté-sous-Jouarre puis remonte à Château-Thierry
libéré en août avant de retourner
à Vic-sur-Aisne
début octobre sans jamais avoir cessé son action
envers les civils et les militaires.
![]() Il obtient l'affectation de prisonniers allemands pour le déblaiement des ruines. Les coopératives agricoles sont reconstituées. De nouveaux tracteurs Ford sont achetés pour les labours de printemps, ils sont prêtés, loués ou vendus aux fermiers.
En mars l'American Women's Hospital s'installe sous des tentes à Blérancourt. Une cuisine roulante du CARD distribue soupe et chocolat chaud aux enfants des écoles. Une première société coopérative de reconstruction est constituée. Dès la fin des hostilités, le CARD ouvre des magasins afin d'approvisionner les populations en nourriture, vêtements, linge de maison, meubles, ... Pour atteindre les communes les plus reculées, des magasins roulants circulaient dans le département de l'Aisne. Peu à peu, les magasins du CARD ferment pour laisser la place aux commerçants locaux. En avril, Pétain vient décorer 5 demoiselles du CARD dans les ruines du château. Ouverture de la bibliothèque publique de Blérancourt. En mai, le "Comité Américain" en collaboration avec le CRB (American Comitee for Relief in Belgium) prépare des repas chauds à midi pour les enfants et fournit des biscuits distribués au goûter par les instituteurs. Les volontaires américaines oeuvrent également en faveur de la « reconstruction morale et sociale des populations » en ouvrant des foyers pour y organiser des activités récréatives ; cours de menuiserie, école ménagère, séances de cinéma, théatre, ... ![]() Le foyer construit à Quierzy par le
C.A.R.D.
(transmis à la commune de Quierzy le 1er avril 1923) En juillet, le CARD organise une fête de la Victoire à Coucy. En août, Ann Morgann achète les ruines du château de Blérancourt. Sous l'impulsion du CARD les sociétés coopératives de reconstruction des 18 communes du bas canton de Coucy se regroupent en consortium. En novembre, l'atelier de reconstruction reprend ses activités sous la direction de Charles Ponce. Le CARD organise encore des activités pour les jeunes gens, un réseau d'infirmières-visiteuses, des bibliothèques, des foyers, des jardins d'enfants, en encourageant le sport et le scoutisme, en organisant des fêtes afin de retisser le lien social. L'aide américaine permet aussi de se familiariser avec les produits Made in USA ; lait concentré Borden's, machine à coudre Singer, voiture et tracteur Ford, téléphone Western Electric, ...
Le Petit Journal Illustré, 13 août 1922, Gallica
![]() En 1924, Anne Morgan considère la mission principale du CARD comme terminée et décide de dissoudre le comité. Le réseau d'aide humanitaire et médicale qui s'est créé pendant la guerre et l'après-guerre va poursuivre son travail dans la région grâce à l'Association d'Hygiène Sociale de l'Aisne (A.H.S.A), fondée par le CARD et présidée par Anne Murray Dike. L'association entretient des liens étroits avec Anne Morgan et ses partenaires américains. En 1953, après le décès d'Anne Morgan, l'Association changera son nom en « Association Médico-Sociale Anne Morgan » (AMSAM), avec son siège social à Soissons : https://www.amsam.net
L’aide américaine se manifestera à nouveau pendant le second conflit mondial. En août 1939, Anne Morgan est en France. Dès septembre, elle organise, anime et préside le Comité Américain de Secours Civil (C.A.S.C.) dont une antenne est installée à Blérancourt, une autre à Revin dans les Ardennes, et une troisième à Bellac en Limousin. D'août 1939 à mai 1940, cette association humanitaire fonctionne sensiblement comme le C.A.R.D. Lors de l’invasion allemande, le C.A.S.C. encadre l’exode des populations civiles vers le Sud et aide à l’installation des habitants de l’Aisne dans la Mayenne et de ceux des Ardennes en Vendée et dans les Deux-Sèvres. Anne Morgan quitte la France en décembre 1940 et y revient en juin 1945, au moment de la libération, accompagnée de volontaires américains et de neuf tonnes de matériel et de vivres. Le C.A.S.C. poursuivra son œuvre sociale et humanitaire jusqu’au début des années 1950. Le fonds photographique Ann Morgan http://www.museefrancoamericain.fr/
|