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Des Américaines à Quierzy
1917-1924



Le griffon, insigne du CARD,
inspiré du fronton de la porte du château de Blérancourt

« La France a été notre rempart contre les Huns. Ses demeures ont été dévastées pour que les foyers américains restent libres. Les ravages de la guerre ont transformé un jardin riant en un désert sauvage. C'est pour que le désert refleurisse, pour que ce "no man's land" redevienne terre des hommes, qu'a été créé le Comité américain pour la France dévastée. »

The American Committee for Devastate France, What it is. What it does.

Affiche de l'AFFW

Quierzy, envahi par l'armée allemande dès l'été 1914, reste à une douzaine de kilomètres le front qui se se fixe au sud-ouest du village après la victoire de la Marne. En mars 1917, les allemands detruisent systématiquement toute la région avant de se retirer sur la Ligne Hindenburg établie à une douzaine de kilomètres à l'est de Quierzy.


Juillet 1917, la section civile du Comité Américain pour les Blessés Français s'installe à Blérancourt

Malgré la proximité du front, en juillet 1917, 
Anne Morgan (1873-1952), fille du banquier américain J.P. Morgan, installe, à 6 kilomètres de Quierzy, dans les ruines du château de Blérancourt, au coeur des régions libérées par les allemands en mars 1917, le premier centre de la section civile du Comité Américain pour les Blessés Français (AFFW - American Fund for French Wounded) qu'elle a créee en 1916. « Les Américaines » sont au débuts au nombre de huit, les volontaires doivent parler français, détenir un permis de conduire et porter un  uniforme bleu, réalisé par la compagnie B. Altman, avec pour emblème le griffon du portail du château de Blérancourt.

Avec le soutien de l'armée (ces femmes préfigurent l'arrivée prochaine des troupes américaines)
, les volontaires américaines se portent au secours des populations restées sur place et favorisent le retour des réfugiés en fournissant tout d'abord médicaments, vêtements, mobiliers, outils pour cultiver la terre, ...

Le 1er Corps de Cavalerie français aide à la construction des baraquements des américaines et prête ses ateliers pour l'entretien de leurs indispensables Ford T. Ces dernières font merveille face à l'isolement des villages aggravé par les destructions des routes et des voies ferrées. Au début, l'étonnement est grand de voir des femmes conduire et apporter dans les foyers des produits  venus d'outre-atlantique parfois inconnus, comme le lait concentré ...

Les militaires travaillent également avec leurs chevaux à la remise en culture des terres, objectif prioritaire pour le retour des population.

La section civile encourage la création de coopératives agricoles pour la mise en commun du matériel disponnible. Elle fournit des tracteurs Fordson pour remplacer les animaux disparus, achète du bétail, ...  En septembre, une laiterie est installée dans le château.


Avant l'hiver, un atelier de réparation est ouvert à Blérancourt pour effectuer les réparations urgentes sur les habitations et construire des barraquements  provisoires.

Les volontaires américaines oeuvrent également en faveur de la « reconstruction morale et sociale des populations » en organisant tout d'abord des activités éducatives pour les jeunes gens.

Dans le domaine médicale, u
ne infirmières effectue des visites à domicile, tient une consultation à Blérancourt et dispense des cours d'hygiène pour lutter contre l'insalubrité des habitations.

Après 9 mois de  reconstruction, plus de 800 familles ont été réinstallées. Mais le 23 mars 1918, lors de l'attaque allemande, la section civile doit participer, à la demande de l'armée, à l'évacuation des populations vers les gares les plus proches. A la fin du mois, elle s'installe à Vic-sur-Aisne où elle poursuit son action auprès des réfugiés qui fuient vers le sud.

  Panneau du Card  

Le 31 mars 1918, l'AFFW, qui va se consacrer entièrement à l'aide médicale, et la section civile se séparent. Anne Morgan crée avec Anne Murray Dike (1878-1929), médecin, l'American Committee for Devastated France (ACDF), Comité Américain pour les Régions Dévastées de France (CARD). Précipité dans la guerre de mouvement, le CARD évacue Vic-sur-Aisne fin mai pour les environs de La Ferté-sous-Jouarre puis remonte à Château-Thierry libéré en août avant de retourner à Vic-sur-Aisne début octobre sans jamais avoir cessé son action envers les civils et les militaires.

American AmbulanceAFS, AFFW, CARD, ...

Dès le début de la guerre, l'élan philanthropique des Etats-Unis envers la France est immense. En souvenir de La Fayette, de nombreux volontaires américains viennent en aide aux alliés engagés dans le conflit. Différentes organisations se constituent grâce aux fonds collectés aux États-Unis et en France.

Les jeunes américains de Paris constituent
dès 1914 sous l'impulsion de A. Piatt Andrew l'American Ambulance Field Service (AAFS), Service Américain d'Ambulance de Campagne, qui deviendra l'American Field Service (AFS)  et dont la mission est de transporter et soigner les soldats blessés.

L'American Fund for French Wounded (AFFW), Comité Américain pour les Blessés Français, fondé fin 1915 par
Anne Morgan et Isabel Lathrop et essentiellement féminin, fournit du matériel aux hôpitaux français et des colis aux soldats blessés en liaison avec l'American Red Cross notamment.

La section civile de l'AFFW, constituée en 1916 par Anne Morgan, fournit divers formes de soutien pour les réfugiés et les populations des régions dévastées.

En mars 1918, la section civile de l'AFFW devient l'American Committee for Devastated France (ACDF), Comité Américain pour les Régions Dévastées de France (CARD) et oeuvre jusqu'en 1924.
 


Février 1919, le CARD revient à Blérancourt

Il obtient l'affectation de prisonniers allemands pour le déblaiement des ruines.  Les coopératives agricoles sont reconstituées. De nouveaux tracteurs Ford sont achetés pour les labours de printemps, ils sont prêtés, loués ou vendus aux fermiers.

     
 
L’efficacité du C.A.R.D est subordonnée à l’existence d’un important service de transport. En effet, l’isolement des villages ruraux a été aggravé par la destruction des routes et des voies ferrées. En 1921, le C.A.R.D. se trouve à la tête d’un parc automobile de 63 véhicules, notamment constitué de voitures Ford et de petits camions Dodge. Essentiellement composées de femmes, les équipes du Comité américain sillonnent le Soissonnais et acheminent denrées alimentaires, vêtements, couvertures, ustensiles de cuisine, outils agricoles, semences et bétail. Recrutées pour leur connaissance de la conduite automobile, ces « chauffeuses » américaines affectées à un des centres de l’Aisne, doivent assurer elles-mêmes l’entretien courant de leurs véhicules : graissage, changement des ressorts de suspension, nettoyage des têtes de cylindres ou rodage des soupapes. En cas de panne, elles doivent être capables de faire seules des réparations simples. Pour les populations rurales de l’Aisne, la présence au volant de ces jeunes femmes étrangères, animées d’un dynamisme courageux, ne laisse pas d’être surprenante et suscite l’admiration. 

En mars l'American Women's Hospital s'installe sous des tentes à Blérancourt. Une cuisine roulante du CARD distribue soupe et chocolat chaud aux enfants des écoles. Une première société coopérative de reconstruction est constituée. Dès la fin des hostilités, le CARD ouvre des magasins afin d'approvisionner les populations en nourriture, vêtements, linge de maison, meubles, ... Pour atteindre les communes les plus reculées, des magasins roulants circulaient dans le département de l'Aisne. Peu à peu, les magasins du CARD ferment pour laisser la place aux commerçants locaux.

En avril, Pétain vient décorer 5 demoiselles du CARD dans les ruines du château. Ouverture de la bibliothèque publique de Blérancourt.

En mai,  le "Comité Américain" en collaboration avec le CRB (American Comitee for Relief in Belgium) prépare des repas chauds à midi pour les enfants et
fournit des biscuits distribués au goûter par les instituteurs.

Les volontaires américaines oeuvrent également en faveur de la « reconstruction morale et sociale des populations » en ouvrant des foyers pour y organiser des activités récréatives ; cours de menuiserie, école ménagère, séances de cinéma, théatre, ...



Le foyer construit à Quierzy par le C.A.R.D.
(transmis à la commune de Quierzy le 1er avril 1923)

 
En juillet, le CARD organise une fête de la Victoire à Coucy.

En août, Ann Morgann achète les ruines du château de Blérancourt. Sous l'impulsion du CARD les sociétés coopératives de reconstruction des 18 communes du bas canton de Coucy se regroupent  en consortium.

En novembre, l'atelier de reconstruction reprend ses activités sous la direction de Charles Ponce.

Le CARD organise encore des activités pour les jeunes gens, un réseau d'infirmières-visiteuses, des bibliothèques, des foyers, des jardins d'enfants, en encourageant le sport et le scoutisme, en organisant des fêtes afin de retisser le lien social.

L'aide américaine permet aussi de se familiariser avec les produits Made in USA ; lait concentré Borden's, machine à coudre Singer, voiture et tracteur Ford, téléphone Western Electric
, ...

Affiche du CARD     Affiche du CARD     Borden

   

Le Petit Journal Illustré, 13 août 1922, Gallica

Médailles et insigne du CARD



Médaille du Comité Américain pour les Régions Dévastées de la France, James Earle Fraser 1919

113 mm, bronze,
American Numismatic Society New York, USA
http://numismatics.org

     

Insigne du Comité Américain pour les Régions Dévastées de la France, James Earle Fraser 1919

24 mm, argent,
American Numismatic Society New York, USA
http://numismatics.org
 
      

Médaille du Comité Américain pour les Régions Dévastées de la France 1916-1923,
argent, 30 mm, poinçon « argent » sur la tranche

Diplome de la Médaille du Comité Américain pour les Régions Dévastées de la France 1916-1923
 


   

1919, les Éclaireurs de la France Dévastée (E.F.D.)

Le Comité Américain pour les Régions Dévastées, dans son œuvre de reconstruction matérielle et morale et d'aide aux populations va jouer un rôle important dans le renouveau du scoutisme en France après la première guerre mondiale. Le Comité suscite en effet la création en 1919, sur le modèle des Boy Scouts of America, des Éclaireurs de la France Dévastée (Boy Scouts of Devastated France), les équipe et les réunit en camps.

En juin 1920, le Grand Palais de Paris accueille une troupe de Boy Scouts of America, invités par le CARD à faire des démonstrations en France peu avant le premier Jamboree de 1920 à Londres.

Le CARD organise ou finance des camps scouts durant les étés 1920, 1921 et 1922 à Blérancourt, au Francport, Corcy, Anizy-le-Château, Boullay-Thierry, Saint Crépin, ... L'influence américaine y est importante. Pour les filles le CARD s'appuie sur les Camp Fire Girls, un mouvement proche du scoutisme alors important aux Etats Unis, et un camp "d’Eclaireuses" est notamment organisé à Corcy, en Forêt de Retz.

Le Comité crée en 1921 un camp-école à La Croix-St-Ouen et au Francport, en Forêt de Compiègne, qui constitue une date historique pour le scoutisme français.

Cette même année 1921, une troupe de scouts est créée à Quierzy.

En 1923, les 45 unités d'Éclaireurs de la France Dévastée s'agrègent aux Éclaireurs de France (laïques) ou aux Éclaireurs Unionistes de France (protestants), la fédération prônée par le CARD ayant échouée. Le CARD fait la même année don du château de Cappy, près de Verberie dans l'Oise, aux Éclaireurs de France et Éclaireurs Unionistes de France, qui s'unissent pour y créer un centre de formation commun.
Plus d'informations : Scoutopedia

Stetson service hat


En 1924, Anne Morgan considère la mission principale du CARD comme terminée et décide de dissoudre le comité. Le réseau d'aide humanitaire et médicale qui s'est créé pendant la guerre et l'après-guerre va poursuivre son travail dans la région grâce à l'Association d'Hygiène Sociale de l'Aisne (A.H.S.A), fondée par le CARD et présidée par Anne Murray Dike. L'association entretient des liens étroits avec Anne Morgan et ses partenaires américains. 

En 1953, après le décès d'Anne Morgan, l'Association changera son nom en « Association Médico-Sociale Anne Morgan » (AMSAM), avec son siège social à Soissons : https://www.amsam.net

Après la fin des hostlités et la loi de Solidarité Nationale du 17 avril 1919, un Comité d’Action pour les Régions Dévastées (CARD) sera créé en avril 1921 regroupant les sinistrés de 12 départements (Aisne, Ardennes, Marne, Meurthe-et-Moselle, Meuse, Nord, Oise, Pas-de-Calais, Bas-Rhin, Haut-Rhin, Seine-et-Marne, Vosges) confrontés aux destructions causées par la Première Guerre mondiale ...

"L'Œuvre de Reconstitution et la Solidarité Française", édité en 1925 par le Comité d'Action des Régions Dévastées sur Gallica BNF

L’aide américaine se manifestera à nouveau pendant le second conflit mondial. En août 1939, Anne Morgan est en France. Dès septembre, elle organise, anime et préside le Comité Américain de Secours Civil (C.A.S.C.) dont une antenne est installée à Blérancourt, une autre à Revin dans les Ardennes, et une troisième à Bellac en Limousin. D'août 1939 à mai 1940, cette association humanitaire fonctionne sensiblement comme le C.A.R.D. Lors de l’invasion allemande, le C.A.S.C. encadre l’exode des populations civiles vers le Sud et aide à l’installation des habitants de l’Aisne dans la Mayenne et de ceux des Ardennes en Vendée et dans les Deux-Sèvres. Anne Morgan quitte la France en décembre 1940 et y revient en juin 1945, au moment de la libération, accompagnée de volontaires américains et de neuf tonnes de matériel et de vivres. Le C.A.S.C. poursuivra son œuvre sociale et humanitaire jusqu’au début des années 1950.

AFS History

Le fonds photographique Ann Morgan

http://www.museefrancoamericain.fr/

Des américaines en Picardie : Au service de la France dévastée 1917-1924Des américaines en Picardie : Au service de la France dévastée 1917-1924
                                                                                Réunion des Musées Nationaux (30 avril 2002)

Après la guerre